Aussi, il n'osait pas parler, il craignait que sa voix ne le trahît.
Il se tenait debout, immobile, n'osant faire un mouvement, lorsque tout à coup Henriette le repoussa avec violence:
—Malheureuse que je suis! s'écria-t-elle, là, à deux pas de nous, mon père est sur son lit de mort, et moi, impie, je m'abandonne au bonheur de pleurer entre les bras de celui que j'aime!... Fuyez, Olivier, fuyez cette maison; nos amours ont été une faute, votre présence en cette maison est presque un crime.
Une exaltation sombre éclatait dans ses yeux, son maintien, son geste annonçaient l'égarement. Olivier fut épouvanté.
—Vous me repoussez, dit-il, vous me chassez... Henriette!... Je suis bien malheureux, vous ne m'aimez plus...
—Ne plus vous aimer, reprit-elle d'un ton plus calme, est-ce donc en mon pouvoir, lors même que je le voudrais? Mais ces mots prononcés ici, à côté du lit de mort, ne sont-ils pas une impiété?...
Pauvre père!... Et moi qui voulais te quitter. Oh! cette idée me suit comme un remords.
Que serait-ce donc, s'il eût été frappé au lendemain de ma fuite et si j'en étais réduite à me dire: J'ai été une des causes de sa mort...
Olivier essaya de balbutier quelques paroles.
—Eloignez-vous, mon ami, je vous en conjure, continua Henriette. Et ne cherchez plus à me revoir. Votre cœur souffrira, mais songez que je serai aussi malheureuse que vous.