De lui-même il en arriva bien vite à se rendre aux raisons invoquées quelques heures avant par M. de Tancarvel.

En réalité, loin de lui être fatale, la mort du financier pouvait lever bien des obstacles et aplanir la route de son bonheur. Remis de la terrible angoisse à laquelle il avait failli succomber, il dut bien s'avouer qu'il ne ressentait pas de cette mort autant de douleur qu'il en avait laissé paraître devant son ami.

Là n'étaient plus son inquiétude et son chagrin.

Restait le serment fait par Henriette de ne le plus revoir qu'avec l'autorisation de sa mère, restait ce serment d'obéissance aveugle, ce vœu filial de briser son cœur à elle-même plutôt que de causer à sa mère le moindre déplaisir.

A la réflexion, cependant, ces promesses l'inquiétèrent moins. Il se sentait prêt à devenir mille fois parjure pour un seul regard de celle qu'il aimait.

Henriette aurait-elle moins d'amour et plus de courage? Il ne le croyait pas. Il espéra donc que bientôt, grâce à sa prière, elle violerait un serment arraché par une cruelle douleur.

Il prit la résolution de s'en remettre au temps, ce maître souverain des destinées humaines, et de ne pas chercher, au moins pour le présent, à revoir sa maîtresse.

Sa vie reprit alors son cours accoutumé.

Comme autrefois, il s'absorba dans ses travaux, heureux d'y trouver à la fois l'oubli et la certitude d'acquérir quelques titres non à l'amour, mais à la main de la jeune fille.

Aux heures de loisir il parlait d'elle. A qui eût-il pu songer? Il avait constitué Cosimo son confident ordinaire; et le digne serviteur écoutait sans sourciller les intarissables divagations de son jeune maître.