Pour Olivier, Cosimo était un autre lui-même; il avait avec lui cette franchise de l'homme qui, dans la solitude et la réflexion, interroge sa conscience.

Écho fidèle des doutes, des pensées, des espérances du jeune homme, le vieillard répondait toujours comme il souhaitait qu'il répondît. Le pauvre amoureux était calme, sinon heureux.

Ainsi des jours, des semaines, des mois s'écoulèrent sans qu'Olivier reçût la moindre nouvelle d'Henriette, sans que par le moindre signe elle se fût manifestée à lui. Il chercha à la revoir, en vain. Comme jadis, sous le porche de l'église, souvent il alla l'attendre, et elle ne vint pas.

Et cependant elle était là, à deux pas de lui, le jardin seul le séparait d'elle, de sa fenêtre il pouvait voir les fenêtres de sa bien-aimée; car l'hiver était venu, et les feuilles qui lui dérobaient la vue de la maison étaient tombées.

Il lui eût été facile de pénétrer dans le jardin, mais il n'osait désobéir aux ordres de celle qui avait toute puissance sur son cœur.

Avec le temps, le doute, le doute affreux, déchirant, pénétra dans son âme.

—Si elle ne m'aimait plus! se disait-il.

En cette extrémité, il se décida à écrire à Henriette; d'un mot ne pouvait-elle pas faire cesser toutes ses incertitudes! Elle lui répondit:

«Mon ami, disait-elle dans un billet bien court, hélas! ne plus vous voir est une cruelle, mais juste punition de ma faiblesse passée, de la faute que nous avons failli commettre. Vous êtes malheureux, dites-vous; croyez-vous donc, Olivier, que le bonheur soit pour moi, loin de vous? Au nom de votre amour, du mien, ne manquez pas de courage. Le jour qui doit nous réunir n'est peut-être pas éloigné.»

Cette lettre fut pour Olivier comme une rosée céleste qui lui rendait la vie. Mille et mille fois il baisa ces caractères chéris, tracés par une main adorée. Il ne comprenait pas comment il avait pu douter d'elle, il se le reprochait comme un crime.