—Pauvres enfants! continua madame Hanyvel, ah! vous avez failli commettre une faute qui eût pesée sur toute votre existence...

—Ma mère, ma bonne mère! murmura Henriette qui s'était rapprochée.

—Oui, ma fille, une faute terrible, l'enfant rebelle paie tôt ou tard sa rébellion. Ton père croyait assurer ton bonheur lorsqu'il te choisissait un époux. Tu refusais celui qu'il voulait te donner, mais tu manquais de courage, et lorsque ton père le disait: celui-ci te rendra heureuse, pourquoi, au lieu de résister, ne lui disais-tu pas ces simples paroles qui eussent touché son cœur comme elles ont touché le mien; j'en aime un autre!

Rougissante et confuse, Henriette cacha sa tête si charmante dans le sein de sa mère; madame Hanyvel essuya les larmes que lui arrachait le souvenir des jours plus heureux; puis, continuant à s'adresser à Olivier:

—Je crois ma fille, monsieur, lorsqu'elle m'assure que vous êtes digne d'elle. Je le crois, parce que s'il en était autrement, votre physionomie, vos regards seraient d'abominables mensonges. Mais avant de prendre aucune décision, avant même de me demander si je dois mettre entre vos mains mon plus précieux, ou plutôt mon seul trésor, il est un aveu que ma loyauté m'oblige à vous faire aujourd'hui même.

Olivier s'inclina en signe d'assentiment.

—Peut-être, dit lentement la mère d'Henriette, en regardant Olivier finement, comme si elle eût voulu chercher sa pensée dans les replis les plus profonds de sa conscience, peut-être ce que je vais vous dire changera-t-il vos intentions.

Il est possible qu'après m'avoir entendue vous découvriez que votre amour pour ma fille est moins grand que vous le pensez vous-même.

—La mort seule, croyez-le... commença Olivier.

—Eh bien! monsieur, sachez-le, ma fille et moi sommes complètement ruinées.