Madame Hanyvel lui montra silencieusement du doigt un fauteuil que venait d'avancer un laquais, tandis qu'Henriette s'approchait d'une fenêtre et feignait de regarder très attentivement dans le jardin, sans doute pour cacher la rougeur qui empourprait son visage.
Les prévisions de Cosimo ne se réalisaient pas.
Non seulement Olivier s'aperçut que son empressement ne déplaisait pas, mais encore il comprit, au triste sourire qui plissa la lèvre de madame Hanyvel, qu'on y avait compté.
Cette conviction lui rendit quelque peu d'assurance, il en avait besoin. Jamais encore il ne s'était trouvé dans une circonstance aussi solennelle; le bonheur de sa vie se jouait, il le comprenait, et, malgré cela, ou plutôt à cause de cela, telle était son émotion qu'il se sentait incapable de prononcer une seule parole.
Il s'était assis, cependant, rouge et confus sous le regard de madame Hanyvel, qui interrogeait sa physionomie et semblait vouloir lire au plus profond de son cœur.
Le silence se prolongeait et l'embarras d'Olivier croissait d'autant, lorsque enfin, madame Hanyvel, satisfaite sans doute de son examen et prenant en pitié la timidité du pauvre amant, lui vint en aide la première.
—Une chose bien grave, monsieur, dit-elle, m'a fait désirer votre présence; une chose bien grave pour une mère, le bonheur de ma fille...
Olivier voulut répondre; la parole expira sur ses lèvres; l'attention d'Henriette pour ce qui se passa dans le jardin redoubla; un triste sourire éclaira un instant le visage de la vieille dame.
—Mon Henriette, continua-t-elle, s'est enfin souvenue de moi. Après le terrible malheur qui vient de nous frapper et dont je ne me relèverai jamais, elle a compris qu'une mère est la meilleure amie qu'ait en ce monde une jeune fille; elle m'a tout confié...
Olivier s'attendait à quelques reproches; cette triste résignation le surprit douloureusement; la douleur de cette femme si à plaindre, sa douceur, son intelligence le touchèrent profondément, un sanglot remua sa poitrine, des larmes jaillirent de ses yeux.