Dans votre amour si profond et si pur, qui vous dit que les malveillants et les envieux ne voudront pas voir ambition et avidité? Car maintenant vous allez être introduit dans la maison, et tous ceux qui y allaient avant vous vont devenir jaloux, et feront leurs efforts pour renverser vos espérances et vous faire évincer s'il est possible.
Cette idée consterna Olivier.
Dans la naïveté de son cœur, dans son ignorance profonde du monde, jamais il n'avait entrevu la possibilité d'un soupçon sur son amour. Les paroles de Cosimo ouvrirent devant ses yeux comme un monde nouveau. Un instant il hésita, mais il était trop véritablement épris pour s'arrêter longtemps à ces considérations odieuses.
—Eh! qu'importe ce que dira le monde! s'écria-t-il, si sa mère m'accorde sa main, je refuserai sa dot; mon travail, sans compter les bienfaits du marquis, mon second père, suffiront largement à nos modestes désirs.
Oui, je refuserai tout, et ainsi on ne m'accusera pas de l'avoir aimée seulement à cause de sa fortune.
Alors, sans plus écouter les représentations de Cosimo, après avoir donné un coup d'œil à sa toilette, il sortit, et, quelques minutes plus tard, un laquais l'introduisait dans un des splendides salons de l'hôtel Hanyvel.
Près du foyer, à demi couchée sur une chaise longue, était la veuve du riche financier.
Olivier se souvenait de l'avoir entrevue quelques mois auparavant; c'est à peine s'il la reconnut, tant la douleur avait changé ses traits. Ses cheveux avaient blanchi, ses joues s'étaient creusées, ses yeux rouges et gonflés disaient les larmes de ses nuits.
Henriette, plus belle, plus ravissante que jamais sous les vêtements de deuil de l'orpheline, était assise sur un petit tabouret aux pieds de sa mère.
Lorsque le laquais annonça le jeune homme, les deux femmes se levèrent, le saluant gracieusement comme un hôte attendu.