—Oh! pardon, madame, continua-t-il en osant porter à ses lèvres la main de madame Hanyvel, pardon d'être si peu maître de moi, de me laisser dominer par mon émotion, mais c'est mon cœur qui parle, et je ne puis imposer silence à sa voix.
Pardon de me réjouir ainsi en présence du nouveau malheur qui vous frappe; mais cette ruine qui vous afflige n'assure-t-elle pas à tout jamais mon bonheur et mon repos?
—Olivier, balbutia Henriette, je ne vous comprends pas...
—Oh! mon amie! c'est que jamais, comme moi, vous n'aviez mesuré l'abîme qui nous séparait. Ce malheur le comble, cet abîme.
Ce matin encore, vous voyant si riche, moi si pauvre, je tremblais et je me désolais. Daignât-elle abaisser les yeux sur moi, me disais-je; sa mère voulût-elle me donner ce nom de fils, si doux pour tous, plus précieux pour moi, qui n'ai jamais eu de mère, aurai-je le courage d'accepter?
Un vieil et fidèle ami avait éveillé en moi cette triste pensée: lorsqu'on me verra, moi, déshérité, moi, sans soutien, sans fortune, obtenir la main de cette riche héritière, croira-t-on que jamais mon cœur n'aura songé à sa dot? Et cette idée me rendait le plus malheureux des hommes, et je portais en rougissant ma médiocrité. Tandis que maintenant...
—C'est d'elle que vous allez rougir.
—Rougir d'elle, moi! Oh! madame, vous raillez. Jamais roi ne fut plus fier de sa puissance que je ne le serai de son amour.
Rougir d'elle! mais ne sera-t-elle pas la gloire de ma vie! Je n'ai pas d'ambition, moi; jusqu'ici la fortune ne me semblait pas valoir un mouvement d'envie; mais maintenant, pour elle, je me sens le courage de désirer tous les trésors et de les conquérir.
Pour cette fortune perdue, Henriette, je veux vous refaire dix fortunes. Je vous devrai tout le bonheur de ma vie, pourrai-je jamais m'acquitter?