Et vous, madame, continua Olivier en se laissant glisser aux genoux de madame Hanyvel, permettez-moi de vous appeler, dès aujourd'hui, ma mère, je suis digne, croyez-moi, de vous donner ce nom...
La vieille dame pressa Olivier sur son cœur; et prenant la main de sa fille et celle du jeune homme, elle les réunit.
—J'ai peu de jours à vivre, mes enfants, dit-elle; puissé-je vous voir heureux avant d'aller rejoindre, là-haut, le père de ma bien-aimée Henriette.
Ni Olivier, ni la jeune fille ne pouvaient croire à tant de bonheur; désespérés quelques heures avant, ils voyaient tout à coup, devant eux, s'entr'ouvrir les portes du ciel.
Certes, en mandant Olivier, pour se rendre aux désirs de sa fille, afin de l'étudier avec son cœur et ses instincts de mère, qui trompent si rarement, madame Hanyvel ne s'attendait pas à ce dénouement si prompt.
C'est qu'elle ne croyait guère, non plus, trouver en l'homme choisi par sa fille cette noblesse de sentiments, cette pureté de pensées.
Tous les hommes qu'elle avait vus jusqu'alors affichaient bien pour l'argent ce dédain superbe qui de tout temps a été de grand ton; mais elle savait bien qu'aucun d'eux n'était capable de mettre en action ses principes, qu'aucun d'eux surtout, n'eût poussé l'héroïsme jusqu'à se réjouir de la perte d'une immense fortune.
En un moment, la noble exaltation l'avait décidée.
Cette journée s'écoula rapide, en longues causeries, en projets ravissants, et c'est en se disant: à demain! que l'on se sépara.
Lorsque Olivier rentra, jamais Cosimo ne l'avait vu si radieux.