—Elle est ruinée, disait-il en prenant les mains de son vieux serviteur, elle est plus pauvre que moi encore; c'est à moi qu'elle devra tout.

Quatre ou cinq jours après cette scène, madame Hanyvel annonça à Olivier qu'elle allait se mettre en quête de quelque logement bien modeste, pour y cacher cette infortune que les deux jeunes gens appelaient le bonheur.

Les créanciers, troupe avide et impitoyable, vautours du malheur, avaient fondu sur la maison; partout le séquestre avait été mis; rien dans ce riche hôtel n'appartenait plus aux deux femmes.

A peine leur avait-on laissé les objets les plus indispensables et elles étaient réduites à se servir elles-mêmes.

Tous les domestiques s'étaient enfuis, effrayés de la ruine, semblables aux rats voraces qui abandonnent le vaisseau près de sombrer.

De cette armée de valets qui encombraient les cuisines, les vestibules, les écuries, les antichambres, il ne restait plus personne.

Personne, et à la place du suisse, dans la loge, dormait, insoucieux et insolent, lugubre fantôme du malheur, l'homme des huissiers et des créanciers, le gardien des scellés.

Toujours habituée au luxe, au faste, à l'opulence, la veuve du riche financier ne supportait pas sans chagrin ce changement aux habitudes de toute sa vie.

Vainement Olivier s'efforçait de la consoler, de la rassurer sur l'avenir; vainement Henriette se joignait à lui, la vieille dame protestait qu'elle ne s'en relèverait pas.

Olivier avait mis à sa disposition toutes ses ressources, celles que son protecteur avait mises entre ses mains; mais toute cette petite fortune paraissait bien peu de chose à la femme qui avait partagé l'opulence d'un des hommes les plus riches du temps.