C'est alors qu'Olivier eut l'idée de se faire rendre un compte exact des affaires de Hanyvel. Il pensa que les créanciers profitaient peut-être un peu de l'inexpérience des deux femmes et que peut-être lui, plus expérimenté, rompu aux affaires, il parviendrait à sauver quelque chose de ce grand naufrage.

Les quelques détails que put lui donner madame Hanyvel ne firent que confirmer ses présomptions, et, après un examen assez superficiel, il put se convaincre qu'il ne se trompait pas.

Vivant, Hanyvel était colossalement riche; d'où venait donc que, mort, sa fortune se réduisait à rien? C'est ce qu'eut bientôt compris le secrétaire de M. de Mondeluit.

Homme d'initiative, le financier s'était lancé dans des entreprises qui, aujourd'hui, sembleraient des jeux d'enfants, mais qui alors paraissaient fort compliquées et surtout fort chanceuses.

Un des premiers en France, où nous sommes toujours, sous ce rapport, en retard de deux siècles sur l'Angleterre, il avait compris toutes les ressources du crédit et n'avait pas hésité à ouvrir sa caisse à l'industrie.

L'instant était propice.

Les ministres de Louis XIV essayaient alors de soustraire la France aux ruineux tributs qu'elle payait aux nations étrangères, et de tous côtés des manufactures s'étaient élevées, sources faibles encore de fortune, qui devaient plus tard devenir les grands fleuves de la richesse du pays.

Or, c'est à tous les hardis novateurs d'alors que Hanyvel avait ouvert sa caisse.

Les rentrées étaient sûres, les bénéfices énormes et certains, mais non réalisables de suite. Si peu réalisables, même, que tous les créanciers de Hanyvel considéraient ces avances comme autant de créances perdues.

Cependant il fallait payer les sommes considérables exigibles par le fait de la mort du financier, sommes que celui-ci, vivant, n'aurait eu à rembourser que plus tard, et qu'il eût remboursées sans difficulté, soit avec le bénéfice de ses opérations journalières, soit avec les rentrées que ne devait pas tarder à lui fournir l'industrie.