Olivier n'insista pas davantage. Lui aussi, il avait hâte de connaître le contenu de la lettre de son père adoptif; il lut donc à haute voix:

«Mon fils,

»Pénètre-toi bien de cette lettre. De ta ponctualité à exécuter mes ordres dépend mon existence.

»Demain mardi, une heure avant le coucher du soleil, rends-toi au cimetière de la paroisse de la Bastille.

»Vers l'endroit où l'on entasse pêle-mêle la dépouille mortelle des indigents, tu trouveras une fosse fraîchement ouverte et attendant son cadavre.

»Cache-toi non loin de cette fosse et attends.

»A la tombée de la nuit, deux hommes, deux guichetiers de la Bastille, arriveront portant une bière. Ils la jetteront à la hâte dans la fosse,—Dieu veuille qu'ils ne la recouvrent que de peu de terre!—puis ils s'éloigneront.

»Épie leur sortie du cimetière.

»Alors, sans perdre une seconde, cours à la fosse, enlève la terre, tire le cercueil et décloue-le. Ne va pas trembler ni te troubler.

»Il faut, la bière ouverte, desserrer les dents du cadavre qu'elle renferme et faire glisser entre les dents trois gouttes de la liqueur rouge de la fiole que je t'envoie.