—J'entendais, disait-il à chaque instant, comme une voix étouffée partant de dessous terre. Olivier, me disait cette voix, Olivier, le poids de cette terre écrase ma poitrine, hâte-toi, l'air me manque; un instant encore, et tu ne trouveras plus qu'un cadavre que tes soins ne ranimeront pas.

—Vaines imaginations de la fièvre, monsieur, répondait Cosimo, qui, pour rassurer son maître, trouvait encore la force de commander à ses propres inquiétudes, vous eussiez mieux fait d'agir comme moi, qui n'ai pas clos l'œil, et de ne point essayer de dormir.

—Mais, réfléchis donc, mon vieil ami, reprenait Olivier, réfléchis donc à la terrible responsabilité qui pèse sur nous; la vie de l'homme que nous aimons le mieux au monde dépend de notre empressement. Si l'heure avait été avancée?

Si, au moment où nous discutons ici froidement, on le descendait dans la fosse? Tiens, à cette idée, mes cheveux se hérissent d'horreur. Car, enfin, on peut avancer l'heure...

—Impossible, monsieur, ce n'est pas en plein jour qu'on enterre les prisonniers de la Bastille.

—Tu le crois, mon ami, tu le dis; mais si tu te trompais! Si aujourd'hui, par exemple, un hasard, un événement que tu ne peux prévoir, faisait violer toutes les règles habituelles! Ah! je ne m'en consolerais jamais, et toi, Cosimo, tu aurais, jusqu'à ton heure dernière, le plus terrible des remords.

—Non, monsieur, car j'aurais fait mon devoir.

—Ton devoir?

—Oui, mon maître, mon devoir. M. le marquis nous ordonne de suivre ses instructions à la lettre; suivons ses instructions à la lettre.

L'exactitude ne consiste pas à devancer l'heure, mais bien à arriver juste à l'heure. Je connais le marquis; il n'a rien donné au hasard, soyez-en convaincu.