—Mais quel moyen emploiera-t-il pour faire croire à sa mort!...
—Ah! monsieur, répondit Cosimo, frissonnant comme à un terrible souvenir, il est bien puissant, monseigneur le marquis, bien puissant.
La voix tremblante du vieux domestique, son effroi, remuèrent dans le cœur d'Olivier les plus étranges soupçons; ses pressentiments commençaient à prendre de la réalité. Il eut honte d'interroger cependant, et ce fut Cosimo qui, le premier, rompit le silence:
—Savez-vous, monsieur, dit-il, que nous risquerons demain trois ou quatre fois la potence, sans parler de l'épée de l'homme qui sera là! Violation de sépulture, sacrilège, prisonnier d'État... Enfin! nous exécuterons les ordres du marquis, n'est-ce pas?
—En doutes-tu? s'écria Olivier avec feu; hésiter seulement serait un crime horrible. Me demanderait-il la vie, je la donnerais sans réflexion, sans murmure. Et cependant, reprit-il après une pause, la vie m'est bien chère en ce moment!...
XI
LE CIMETIÈRE DE LA BASTILLE
Les derniers feux du soleil couchant empourpraient l'horizon, lorsque Cosimo et Olivier, tous deux armés jusqu'aux dents, dépassèrent les remparts ténébreux de la Bastille, se dirigeant vers l'humble cimetière où on enterrait alors les prisonniers morts dans la forteresse royale.
Le champ de repos où le terrible arbitraire du roi de France cachait ses victimes, parfois après les avoir hideusement défigurées, pour que la tombe, comme la prison, gardât un éternel secret, était situé dans un recoin complètement désert, bien que fort voisin de la porte Saint-Antoine, à droite de la grande route qui conduisait au château de Vincennes.
Dès le matin de ce jour, après une nuit enfiévrée des rêves les plus atroces, suffisamment expliqués par la lettre si étrange du marquis, Olivier avait voulu se mettre en route.
Pour justifier son impatience et amener à son avis Cosimo qui voulait attendre, le jeune homme s'obstinait à voir dans ses songes de la nuit de sombres avertissements.