Le jeune homme attendit donc, mais avec cette patience haletante que connaissent seuls ceux qui, le cœur serré, ont compté les secondes dans l'attente de quelque événement terrible, décisif sur leur vie, et dont ils ne pouvaient ni retarder ni précipiter le dénouement.

Il attendit avec cette anxiété folle du joueur qui vient sur une seule carte d'exposer toute sa fortune et qui, muet, immobile, le cou tendu, l'œil dilaté, un brasier ardent dans la poitrine, croit avoir vécu un siècle, durant la seconde nécessaire au banquier pour donner la carte qui doit décider de son sort.

Vingt fois, pour tromper l'attente, il relut dans cette journée la lettre du marquis.

Il s'arrêtait sur tous les mots, les méditait, les commentait, cherchait à en tirer quelque induction pour ou contre la réussite.

Tout à coup il s'interrompait; il lui semblait avoir entendu des pas dans l'escalier; il croyait entendre heurter à la porte.

D'étranges idées traversaient son cerveau comme une flèche de feu. Si le marquis avait été descendu dans la tombe?

S'il s'était éveillé dans la nuit du cercueil? Aurait-il réussi à briser la bière, à soulever la terre jetée dessus?

Alors une terreur voisine de la folie se lisait sur sa physionomie, l'égarement dans ses yeux.

—Écoute, disait-il à Cosimo, je ne me trompe pas, c'est bien la voix que j'entends...

En présence de l'exaltation du jeune homme, le pauvre Cosimo se faisait les reproches les plus amers.