—Non plus, c'est la première fois que je vois ce visage.

Un gentilhomme vêtu à la dernière mode, si merveilleusement habillé qu'il semblait se rendre à quelque fête, traversait la clairière et se dirigeait vers le fossoyeur; de crainte de tacher ses talons du plus beau carmin et de souiller de poussière ses bas et les boucles de ses souliers, il marchait avec précaution, enjambant avec soin les fosses fraîchement fermées.

A la vue d'un seigneur si magnifique, il semblait tout naturel que le fossoyeur se découvrît respectueusement et attendît ses ordres.

Loin de là, lorsque l'étranger ne fut qu'à quelques pas, il reprit son sifflet interrompu et se remit à remuer la terre avec une sorte de fureur.

Le gentilhomme s'arrêta, un peu surpris de cet accueil. Il prit le premier la parole.

—Mon ami, dit-il, vous faites là une triste besogne.

Le fossoyeur haussa les épaules, et regarda en face celui qui lui parlait:

—Pourquoi triste? demanda-t-il.

—Je la croyais telle, reprit le gentilhomme en souriant, et pour tout le monde elle a cette réputation.

—Je le sais, monsieur, dit le fossoyeur en se reposant sur sa bêche, on trouve notre métier lugubre; mais quel est donc le vôtre? Vous êtes homme d'épée, à ce que je crois, mon gentilhomme; lorsque vous êtes à la guerre, pensez-vous donc faire une besogne bien plus gaie que la mienne?