L'étranger était debout tout près du monticule de terre fraîchement remuée; qui seule indiquait la demeure dernière du prisonnier.
Il avait ôté son chapeau garni de plumes d'une richesse extrême, moins par respect pour le tombeau que pour livrer à la brise fraîche du soir son front. Plus près, Olivier et Cosimo auraient pu lire sur le front de l'inconnu un monde de sinistres pensées.
Plus isolé par son trouble, par les remords que par la solitude, son désordre se trahissait par des gestes presque furieux.
Imprudent! il livrait son secret aux quatre vents du ciel, sans s'être demandé si près de là une oreille indiscrète n'allait pas le recueillir pour s'en servir plus tard comme d'une arme terrible.
—Ami, disait-il, tu es là, ô mon maître! pour tous, mort; pour moi, vivant...
Toi si fier jadis de ta science, qu'est devenue ta science? Là, sous cette terre, ton cœur bat encore, mais qui entendra ses battements, sinon moi?...
Imprudent! comment n'as-tu pas deviné que ton élève, l'élève d'Exili l'empoisonneur, trahirait son maître comme autrefois Judas!
Tu m'as donné la clef de la science, qu'ai-je besoin de toi, maintenant? Tu ne m'as pas dit ton dernier mot, sois tranquille, je le trouverai.
Ah! ah! continua-t-il avec un éclat de rire sinistre, le vieux maître n'humiliera plus son élève; le maître mort, l'élève commande à son tour, et désormais je suis seul maître du secret terrible de la mort.
Un instant encore il demeura immobile; puis replaçant son chapeau sur sa tête et repoussant avec mépris la terre du monticule: