Il ne fallut pas longtemps pour déblayer la terre et soulever la planche de la bière.

J'eus alors un moment de faiblesse et de défaillance; mais un regard de Cosimo me rendit toute mon énergie.

Je chargeai le corps froid et rigide sur mon épaule, je franchis la brèche pratiquée dans le mur du cimetière, et j'arrivai sans encombre à la voiture, où je déposai mon fardeau.

Une fois là, je desserrai les dents avec la lame de mon poignard, et je fis couler dans la bouche trois gouttes de la liqueur rouge contenue dans la fiole apportée avec la lettre; puis, trois autres gouttes, à court intervalle.

Dans le même temps, Cosimo reclouait la bière, la repoussait dans la fosse et la couvrait de terre.

—De cette façon, dit Exili, le fossoyeur a retrouvé les choses dans l'état où il les avait laissées, et si mon ancien compagnon a la bonne inspiration de venir me faire une nouvelle visite, il restera convaincu que je suis mort et enterré dans toutes les règles.

Il fera bien de se presser, car je me propose de lui faire tenir, avant peu, les matériaux de sa propre oraison funèbre.

Moi supposé mort, le disciple va se croire le maître unique et sans rival.

J'aurais dû lui briser son masque de verre sur la figure quand il se penchait sur les creusets pour suivre mes expériences infernales; mais, comme dit Cosimo, celui qui doit finir pendu ne sera pas noyé.

A l'heure marquée, quand nul ne pourra suivre ma trace dans la vie, ni la retrouver après ma mort, une main invisible démasquera le traître, et il périra du poison qu'il aura distillé.