—Voilà, dit Olivier, le fameux poison lent.
—Et le contre-poison de l'opium, ajouta machinalement Exili.
Quand la liqueur brûlante fuma dans les tasses, Cosimo apporta deux longues pipes en terre rouge de Smyrne dont les fourneaux, aux hiéroglyphes dorés, étaient chargés de tabac oriental d'une couleur pâle.
—Maintenant, dit Exili, qui fumait avec l'impassibilité d'un Indien devant le feu du conseil, raconte-moi, Olivier, comment tu as passé tes années d'apprentissage de la vie.
—A vrai dire, mon existence ne compte qu'un événement unique.
—L'amore, murmura Exili avec un soupir.
—Oui, mon père.
—Eh bien, j'écouterai cette idylle, cher enfant; elle me rajeunira par le souvenir de mes jours heureux:
| «O Printemps! jeunesse de l'année. |
| «O Jeunesse! printemps de la vie.» |
—Mon histoire commence par une fraîche idylle, mais elle finit par une tragédie.