Songez-vous que, sans parents, sans amis, sans fortune, il se débat peut-être, seul, contre tous, et cela doit être bien triste...

—Oui, bien triste! dit douloureusement Sainte-Croix. Je le sais: cette vie n'a-t-elle pas été la mienne? Je n'ai qu'une amie au monde, et elle m'abandonne. Vous êtes toute ma vie, tout mon bonheur, et vous m'êtes plus cruelle que mon plus cruel ennemi!

Et cachant son visage entre ses mains, le chevalier se laissa tomber sur un fauteuil; il pleurait, lui, le soldat, le joueur, le capitaine d'aventures, il pleurait!

A la vue de ces larmes qu'elle faisait couler, la marquise se jeta au cou de son amant.

—Grâce! pardon! lui disait-elle en appuyant sur son épaule sa tête si gracieuse.

Oui, j'ai été cruelle, injuste, impitoyable; punis-moi comme je le mérite, cesse de m'aimer si tu le peux, puisque j'ai été malheureuse à ce point de te causer un instant de chagrin.

Un sourire de joie, rayon du divin soleil de l'amour, éclaira le beau visage de Sainte-Croix; il attira à lui la marquise et, la pressant sur son cœur:

—Ne plus t'aimer, murmura-t-il à son oreille, ne plus t'aimer! est-ce donc en mon pouvoir?

Qui donc pourrait jamais nous séparer? Nous sommes jeunes, nous nous aimons, l'avenir est à nous; l'avenir, c'est-à-dire le bonheur.

A ce moment, un coup violent, frappé à la porte basse du cabaret, troubla le silence de la rue de l'Arbre-Sec.