Pendant dix ans je me battis en Espagne, dans le Piémont, dans les Flandres, partout où l'on se battait, et je défie tous ceux qui m'ont pu voir à l'œuvre d'avancer que le chevalier de Sainte-Croix n'a pas fait vaillamment son devoir de soldat.
Quand je revins en France, j'étais capitaine. Il ne me restait de cette équipée de ma jeunesse qu'un vague désir de savoir...
Je me rendis à la métairie de la route de Beauvais. Là, on m'apprit que l'enfant oublié par un inconnu, dix ans auparavant, avait été allaité par la fermière tant qu'avait duré l'or laissé par celui qu'on croyait son père.
Les métayers n'étaient point riches; l'enfant était une charge pour eux; ils avaient voulu s'en débarrasser, et ils songeaient déjà à le déposer dans l'un de ces asiles ouverts par la pitié, quand un jour, un voyageur, dont on ne pouvait m'apprendre ni le nom, ni l'état, s'était offert à en prendre soin.
L'enfant lui avait donc été cédé, et il était parti.
Mais s'il ne m'était pas donné de retrouver mon fils, je devais, quelques mois plus tard, me rencontrer face à face avec la mère.
Pendant la dernière campagne de Flandres, je m'étais lié avec un gentilhomme d'excellente maison et du plus charmant caractère.
La guerre terminée, nous nous retrouvâmes à Paris.
J'étais pauvre, il était riche.
Il m'offrit à la fois sa bourse et ses services; je n'avais pas de raison pour refuser. Mon joyeux compagnon d'armes était marié.