Il me proposa de me présenter à sa jeune femme; j'acceptai, et, jugez de ma surprise, Marie-Madeleine d'Aubray était devenue madame la marquise de Brinvilliers.
Le marquis menait grand train; il se ruinait un peu, je crois. Il m'offrit de l'y aider, et je vins habiter son hôtel.
La passion sommeillait en moi; la vue de la marquise suffit pour la réveiller plus forte et plus impétueuse que jamais.
Madeleine n'aimait plus son mari, et celui-ci, d'humeur accommodante et facile, laissait à la marquise la liberté dont lui-même voulait profiter.
Que vous dirai-je? Madeleine était belle et l'âge n'avait point éteint en moi la tempête des désirs à peine assouvis; nos années de séparation s'oublièrent dans un baiser.
De son rôle d'auditeur attentif, Exili en revint à celui d'interrogateur presque soupçonneux.
—La marquise, demanda-t-il, avait-elle quelques nouvelles de son enfant, quelques indices qui aient pu la mettre sur sa trace, quelque chose enfin qui ait pu guider ses recherches? Car elle avait fait des recherches, n'est-il pas vrai, chevalier? Une mère doit avoir souci de son fils, enlevé ou perdu.
—Madeleine, répondit le chevalier, non sans quelque embarras, avait l'intime persuasion que j'avais emporté son fils, et qu'il avait été élevé près de moi.
Son désespoir fut immense quand il lui fallut apprendre la vérité; aujourd'hui encore, la perte de cet enfant est le seul nuage de nos amours.
—Vous lui avez donc dit la vérité?