Il veut l'entraîner alors, mais elle refuse de le suivre.
«—C'est Dieu, dit-elle, qui m'a conduite ici.
Mais elle ne peut se défendre longtemps contre les prières si tendres de son amant.
«—On est bien faible quand on aime, dit-elle, et je ne me sens point la force de résister à Votre Majesté.»
Louis XIV alors, avec l'aide des religieuses et de ses amis, tous émus jusqu'aux larmes par une scène si touchante, transporte La Vallière dans un carrosse, et, rayonnant de bonheur, reprend avec elle le chemin des Tuileries.
Il paraît que de tous les assistants le seul Roquelaure n'avait pas été attendri, car le lendemain il disait tout bas:
—«Par ma foi! ces gens-là pleuraient si agréablement qu'ils m'en faisaient venir envie de rire.»
La rentrée de La Vallière à la cour fut presque un triomphe, le roi voulut lui-même la reconduire chez Madame, et en la lui présentant il la pria de la considérer et de la traiter désormais comme une personne qui lui était plus chère que la vie.
—Je la traiterai, Sire, répondit ironiquement Henriette d'Angleterre, comme une fille à vous.
Mais cet esclandre devait avoir bien d'autres suites. Il révéla d'abord à Louis XIV l'intrigue de Madame et de Guiche, puis le complot tramé contre La Vallière. La fausse lettre du roi d'Espagne destinée à la reine arriva aux mains du roi. Il avait la mesure de ce qu'on pouvait oser contre sa maîtresse, il voulut faire un exemple. La comtesse de Soissons reçut l'ordre de quitter la cour, le chevalier de Grammont fut exilé, Montalais fut enfermée dans un couvent; enfin Guiche crut prudent d'aller visiter la Pologne, bien il fit; quelques mois plus tard, Lauzun, rival de son maître, ne fut-il pas enfermé à la Bastille «pour avoir trop plu aux dames[27]!»