François Ier se laissa fléchir; mais il mit à la grâce du sire de Saint-Vallier une condition infâme, c'est que sa fille se donnerait à lui, sur l'heure. Diane, dans cet abominable marché, ne vit qu'une chose, le salut de son père.

«Ainsi, Diane de Poitiers devint la maîtresse du roi de France.»

Heureusement, rien n'est moins prouvé que cette horrible histoire. Presque tous les chroniqueurs qui la rapportent se contredisent entre eux et commettent d'ailleurs un grossier anachronisme.

Ainsi, selon Mézeray et les auteurs qui ont adopté son opinion, «le roi n'accorda la vie au sire de Saint-Vallier qu'après avoir pris à Diane, sa fille, alors âgée de quatorze ans, ce qu'elle avait de plus précieux.»

Or, à l'époque du procès du connétable, Diane de Poitiers avait de vingt-trois à vingt-quatre ans, et depuis plus de six ans elle avait donné à son mari, le comte de Maulevrier, «ce qu'elle avait de plus précieux.» L'âge, il est vrai, ne fait rien à l'affaire; mais outre que le caractère même de François Ier doit éloigner l'idée d'une si affreuse action, la suite des événements ôte toute espèce de probabilité à ce marché infâme imposé à la fille d'un malheureux dont la tête allait tomber.

François Ier laissa jouer, jusqu'au dernier acte, la lugubre comédie de la mort. Un échafaud fut dressé, «haut de sept pieds, tout tendu de draperies noires.» Le condamné fut tiré de sa prison et traîné jusqu'au lieu du supplice; il était si affaibli par la maladie, qu'il ne pouvait marcher. Déjà le malheureux avait gravi l'échelle fatale; il avait posé sa tête sur le billot; le bourreau levait sa hache, lorsque la grâce arriva. Et quelle grâce! une prison perpétuelle. Plus horribles furent les souffrances du sire de Saint-Vallier: après une lente et douloureuse agonie, il mourut dans le cachot sombre où on l'avait jeté.

Ce dernier fait de la captivité du sire de Saint-Vallier suffit presque, à lui seul, pour démontrer l'impossibilité de l'histoire racontée par les chroniques. Si Diane se donna, ce jour-là, pour sauver son père, est-il possible qu'elle n'ait pas obtenu la grâce entière? Si elle devint ensuite la maîtresse de François Ier, comment croire que ce prince, toujours si faible avec les dames, ait refusé à une femme aimée la liberté de son père, tandis que bien d'autres complices du connétable n'étaient pas même inquiétés? Il est bien plus simple d'admettre que déjà, à cette époque, toutes relations entre Diane et le roi avaient cessé.

Les années qui suivirent la condamnation du sire de Saint-Vallier s'écoulèrent tranquilles, sinon heureuses, pour Diane de Poitiers. Elle n'avait pas quitté la cour, mais elle faisait peu parler d'elle. Louise de Savoie était alors toute-puissante et ne souffrait aucune influence rivale; elle régnait, tandis que son fils se donnait tout entier à ses plaisirs et à ses amours. De cette époque datent les premières liaisons de Diane et des Guise. La parole passionnée de Luther avait trouvé de l'écho en France; la religion nouvelle avait des prosélytes, et comme les princes lorrains, Diane croyait que, par tous les moyens possibles, échafauds et bûchers, il fallait arrêter les progrès de l'hérésie.

Diane de Poitiers n'aimait pas madame Marguerite, soeur du roi; plusieurs fois elle avait raillé son goût pour les savants et les beaux-esprits, presque tous entachés des principes de la doctrine nouvelle; elle avait même osé blâmer hautement sa tolérance en matière de religion et ses tendances huguenotes. Aussi, la comtesse de Maulevrier n'accompagna pas Marguerite en Espagne, lorsqu'elle alla consoler son frère prisonnier; elle ne suivit pas non plus la cour à Bayonne, lors de la délivrance du roi.

En 1531, une meilleure occasion s'offrit à Diane de faire paraître le grand amour qu'elle avait pour son mari. Le comte de Maulevrier mourut le 23 juillet. Les regrets de la veuve éclatèrent aussitôt, mais si bruyants, si fastueux, que chacun pensa qu'il devait y avoir au moins un peu d'exagération.