Poursuivi par la haine de Louise de Savoie, dont il avait repoussé l'amour et refusé la main, le connétable de Bourbon ne tarda pas à être victime des plus injustes persécutions. La mère et la maîtresse du roi, ces deux irréconciliables ennemies, se rapprochèrent un instant pour perdre le connétable; elles avaient à satisfaire, l'une sa vengeance, l'autre l'insatiable ambition de sa famille.
Bientôt Bourbon fut privé de ses fiefs et de ses domaines; on lui retira ses commandements pour les confier aux mains inhabiles des frères de la favorite; enfin, on commença contre lui un odieux procès.
Justement irrité, le connétable entama des négociations avec Charles-Quint. L'empereur, heureux de s'attacher le meilleur général de l'Europe, n'hésita pas à lui promettre, pour prix de sa défection, une principauté indépendante et la main d'une de ses soeurs.
Toujours menacé par deux femmes qui sacrifiaient à leurs passions le véritable intérêt de la France, Bourbon n'hésita plus. Il promit son épée et l'appui immense de son nom à l'empereur. Il confia alors ses projets à quelques gentilshommes dont il se croyait sûr, au père et au mari de Diane, entre autres, le sire de Saint-Vallier, un de ses plus anciens compagnons d'armes, et le comte de Maulevrier. Tous avaient juré le secret sur des morceaux de la vraie croix.
Le comte de Maulevrier ne tint pas son serment; il révéla le complot, à la condition que grâce lui serait faite, ainsi qu'à son beau-père.
Prévenu à temps, Bourbon put s'enfuir; mais le sire de Saint-Vallier fut arrêté à Lyon et traduit devant un tribunal composé de membres du parlement.
Vainement, pour sa défense, l'accusé invoqua les lois féodales qui le faisaient, avant tout, sujet de son seigneur immédiat; vainement il allégua son serment sur des morceaux de la vraie croix, serment terrible, jurant qu'il avait fait tous ses efforts pour détourner le connétable d'une trahison; il fut déclaré coupable de félonie et condamné à avoir la tête tranchée.
Tout aussitôt, les parents et les amis du sire de Saint-Vallier vinrent implorer la clémence royale. François Ier fut inflexible. Il était profondément irrité et tenait à se venger sur quelqu'un de la perte de son meilleur capitaine, perte d'autant plus désastreuse que la guerre recommençait.
Les supplications du dénonciateur lui-même, du comte de Maulevrier, ne furent point écoutées.
Diane de Poitiers voulut alors tenter une démarche suprême. Elle alla se jeter aux pieds du roi, «lui embrassant les genoux, et, d'une voix entrecoupée par les sanglots, elle le conjura de lui accorder la vie de son père.»