Lorsque Le Pelletier lui envoyait ces vers, elle était reine de France par la mort de François Ier, et depuis longtemps son oreille s'était habituée au doux murmure de la louange.
En 1537, Marot lui envoyait ces étrennes:
Que voulez-vous que vous donne,
Diane bonne?
Vous n'eûtes, comme j'entends,
Jamais tant d'heur au printemps
Qu'en automne.
Du Bellay, Ronsard, et bien d'autres, la Pléiade, eurent des vers pour elle, et pourquoi non? «Le poëte ne chante-t-il pas toujours les yeux tournés vers l'Orient?»
Mais les arts et les jouissances de l'esprit, choses frivoles, son amour pour le Dauphin, chose grave, ne suffisaient pas à emplir sa vie. Il fallait d'autres aliments à son ambition. Il lui fallait d'ailleurs étayer sa puissance. Elle était bien sûre de son amant, mais le pouvoir d'une favorite est chose si fragile!
C'est alors que plus que jamais elle se rapprocha des Guise, et qu'elle donna toute sa confiance au connétable Anne de Montmorency.
Ce fut en son temps un terrible soudard, que monseigneur le connétable, premier baron chrétien. Dur, cruel, superstitieux, altier, il résumait en lui tous les vices de la noblesse féodale, qui en avait un assez bon nombre. De plus, il était incapable et avare; oh! mais d'une avarice sordide. Enfin, il se distingua par le cynisme de ses pilleries. Il recevait de toutes mains; peu lui importait la valeur du présent, il acceptait avec la même avidité d'immenses domaines ou une paire de brodequins neufs achetés à Madrid. Quand on ne lui donnait pas... il prenait. Avait-on un procès, il vous en assurait le gain moyennant finance; il vendait les ordres du roi, et, envoyé pour punir des déprédations, il partageait simplement avec les fripons. Tuteur infidèle, il ruina sa nièce, Charlotte de Laval.
Mais son «âpreté à la chasse aux écus» n'était rien comparée à sa cruauté. Il n'avait qu'un argument, la potence. Il fit en sa vie périr une foule de malheureux, coupables de lui avoir déplu. A Bordeaux, il donna aux corbeaux plus de cent bourgeois.
Avec cela fort dévot; il jeûnait et gardait les observances. Chaque jour, il disait soigneusement ses prières; mais on connaît les patenôtres de M. le connétable. Terribles patenôtres! Brantôme nous en donne une idée: Pater noster,—brûlez-moi ce village;—qui es in coelis,—pendez-moi ces coquins;—sanctificetur nomen tuum,—qu'on assomme, celui-ci;—adveniat regnum tuum,—qu'on écartèle celui-là, etc....
Aussi, il faut voir si on redoutait les patenôtres de ce terrible rabroueur de personnes qui regardait brûler des villages entiers sans passer un grain de son chapelet.