Un jour, à Fontainebleau, il trouva que les solliciteurs venaient frapper en trop grand nombre au palais du roi; il fit élever des potences «hautes comme un clocher d'église,» et personne n'osa plus approcher.

C'est dans les derniers jours de sa vie que le terrible soudard montra surtout de quelles cruautés il était capable. Les huguenots n'eurent jamais de persécuteur plus ardent; chaque jour, il dénonçait à François Ier quelque coupable à faire pendre. Il osa lui dire que, si on voulait extirper tous ces hérétiques damnés, il fallait frapper leurs protectrices, madame Marguerite, soeur du roi, et la duchesse d'Etampes. Le roi trouva que le connétable allait trop loin.

Tel est l'homme dont Diane de Poitiers devint la fidèle alliée. Tandis qu'elle commandait altière au Dauphin, elle se courbait sans murmure sous la terrible volonté du connétable. Anne de Montmorency fut, dit-on, plus qu'un ami pour la grande sénéchale, et cet on-dit s'appuie sur des preuves. Ecoutons ce que dit l'histoire: «Le tempérament de Diane la portait quelquefois à chercher ailleurs le comble du plaisir quand elle trouvait en lui (le Dauphin) le comble des biens et des honneurs.»

Trahir un prince jeune et beau, pour un vieux soldat brutal, c'est de la dépravation; car enfin le connétable n'avait rien de ce qui séduit une femme. Sa seule qualité était la bravoure, une bravoure enragée. Au fort de la mêlée, il lançait son cheval en criant: Gare! gare! et ainsi il ouvrait les bataillons ennemis; car ceux qui ne se garaient pas assez vite tombaient bientôt sous ses coups.

Tout le crédit de Diane de Poitiers ne put cependant maintenir Anne de Montmorency: pendant les dernières années du règne de François Ier, la duchesse d'Etampes parvint à le faire disgracier et éloigner de la cour.

La grande sénéchale donna bien d'autres rivaux à son royal amant; les plus connus sont le cardinal de Lorraine et le maréchal de Brissac. Les écrivains protestants prétendent aussi que Marot fut très-avant dans ses bonnes grâces; mais rien n'est moins prouvé.

Il est constant, cependant, que Marot lui adressa ses hommages et qu'il fut assez favorablement écouté pour concevoir des espérances. Ne dit-il pas:

Être Phébus bien souvent je désire
Pour être aimé de Diane la blonde.

Mais les choses tournèrent à mal, paraît-il, car ailleurs le poëte s'écrie d'un ton désespéré:

Je n'ai pas eu de vous grand avantage,
Un moins aimant aura peut-être mieux.