La mie qui accusa Marot d'avoir mangé du lard et le fit ainsi enfermer, n'est autre que Diane de Poitiers; il s'appuie sur ses vers:

Bien avez lu, sans qu'il s'en faille un a,
Comme je fus, par l'instinct de luna,
Mené en lieu plus mal sentant que soufre
Par cinq ou six ministres de ce gouffre.

Ceci se passait avant la toute-puissance de Diane. Depuis, les douceurs de Marot tournèrent à l'aigre, les épigrammes remplacèrent les éloges, et il se tourna du côté de la duchesse d'Etampes et de madame Marguerite.

Mais, dit un vieil auteur, «pourquoi la grande sénéchale l'aurait-elle fait renfermer? Etait-il trop pressant, ou craignait-elle qu'il ne devînt indiscret?»

Diane de Poitiers voulait bien, de temps à autre, choisir un amant; mais elle ne permettait pas à Henri de penser à une autre femme. Trois ou quatre fois, soit étant dauphin, soit étant roi, Henri eut quelques velléités d'amour; mais Diane sut y mettre bon ordre. Elle s'en prenait, non point au prince, mais à l'objet de son caprice. C'est ainsi qu'elle fit éloigner mademoiselle Flamyn, celle-là même qui, étant enceinte du roi, disait avec un naïf orgueil:

—«J'ai tant fait, que, Dieu merci! j'aurai un enfant du roi, dont je m'en sens très honorée et très heureuse.»

Mademoiselle Flamyn exprimait là ce qu'eussent pensé, à cette époque, toutes les femmes, à sa place.

Enfin, François Ier mourut, et Diane de Poitiers monta sur le trône. Elle avait alors bien près de cinquante ans, son amant en avait vingt-neuf.

Cet amour persévérant d'un jeune roi entouré de séduction, en butte aux amoureuses tentatives de toutes les dames de la cour, cette passion pour une femme si vieille, peut sembler invraisemblable; c'est que Diane de Poitiers est un de ces rares exemples de longévité florissante qu'on ne rencontre pas une fois par siècle. Elle était admirablement belle et ne paraissait pas vingt-cinq ans, à un âge où les femmes renoncent ordinairement à dissimuler leurs rides. Brantôme, qui la vit lorsqu'elle avait plus de soixante ans, resta confondu d'admiration. «Six mois avant sa mort, dit-il, je la vis si belle encore, que je ne sache coeur de roche qui n'en fût ému.»

Cette éternelle jeunesse, Diane la devait, dit-on, à un philtre que, par reconnaissance, lui avait autrefois donné une jeune bohémienne dont elle avait sauvé le père, condamné à la potence. Pour un tel présent, quelle femme ne sauverait tous les bohémiens de la terre? Outre ce breuvage magique, elle avait, assurent des auteurs fort sérieux du temps, une pommade enchantée, qui rendait à sa peau la fraîcheur et l'éclat de l'adolescence.