Mais les graves auteurs se trompent. Diane rejeta toujours, au contraire, avec le plus grand soin, les pommades et les cosmétiques; son eau de beauté était simplement de l'eau de puits: chaque jour, même par les plus grands froids, elle se lavait le visage et tout le corps avec de l'eau glacée. Eveillée le matin «dès six heures,» elle montait ordinairement à cheval, faisait une ou deux lieues dans les bois, et venait se remettre dans son lit, où elle lisait jusqu'à midi.
Le premier soin de Diane, en arrivant au pouvoir, fut de chasser honteusement sa rivale, la duchesse d'Etampes, que François Ier avait comblée de richesses et d'honneurs. Elle n'osa cependant la dépouiller de ses biens, c'eût été établir un précédent et donner pour elle-même un fâcheux exemple.
Elle ne s'en tint point là; «elle avait des vengeances à exercer, des partisans à récompenser.» Tous ceux qui avaient été attachés à la duchesse d'Etampes, ou qui lui devaient leur élévation, furent disgraciés et remplacés par des créatures à elle. D'Annebaut dut céder à Jacques de Saint-André sa charge de maréchal de France; le maréchal de Biez fut dégradé: encore un peu, il portait sa tête sur l'échafaud. Le connétable de Montmorency fut rappelé, et partagea toute la puissance avec les Guise. Le cardinal de Lorraine remplaça le cardinal de Tournon.
Finances, armée, clergé, conseil, Diane s'assura de tout. Partout elle mit des hommes à elle, incapables de la trahir, parce qu'ils lui devaient tout et savaient qu'ils tomberaient avec elle.
Tous ces changements s'opérèrent si vite, que le troisième jour après la mort de François Ier, Montmorency, que le roi Henri II appelait son compère, établi à Saint-Germain-en-Laye, recevait les députés envoyés de Paris pour complimenter le nouveau roi.
Alors les Guise jetèrent les fondements de cette puissance colossale qui, sous les successeurs de Henri II, devait menacer le trône.
Les factions réunies des princes lorrains, des Montmorency et de Diane entouraient le roi de toutes parts. «Rien ne leur échappait, dit un écrivain du temps, non plus que mouches aux hirondelles, que tout ne fût englouti; de sorte qu'il était impossible à ce prince débonnaire d'étendre à d'autres sa libéralité.»
Cruellement éclipsée par la favorite, la femme de Henri II, Catherine de Médicis, en prenait sans fausse honte son parti. «Elle s'exerçait, par avance, aux ruses de sa politique nationale, flattant, pour se les ménager, toutes les influences rivales de la sienne, quelque odieuses qu'elles pussent lui être.»
Henri II, cependant, tenait à faire montre de son pouvoir royal, et, dans ce but, il comblait sa maîtresse bien-aimée. Pour elle, il ne trouvait rien d'assez magnifique; il se plaisait à l'entourer d'un faste vraiment royal. Pour orner les logis et les palais de Diane de Poitiers, il faisait de tous côtés rechercher les chefs-d'oeuvre des arts de l'époque: meubles, tapisseries, tableaux, vêtements, ouvrages d'orfèvrerie, riches parures. Depuis le mois d'octobre 1548, Diane avait pris le titre de duchesse de Valentinois, du riche duché de ce nom, l'un des plus beaux domaines de la couronne, que son amant lui avait donné à vie.
Un remarquable événement marqua les premières années du règne de Henri II. Le combat du sire de La Châtaigneraie et du comte de Jarnac. Ce devait être le dernier duel judiciaire. François Ier avait cru devoir refuser le champ clos, son successeur l'accorda, sur les instances de Diane de Poitiers. Tous deux d'ailleurs, le souverain et la favorite, avaient pris parti dans cette querelle, qui avait troublé le règne du dernier roi.