Vos anciens et meilleurs amis,
DIANE, HENRI.»
Les persécutions contre les huguenots continuaient toujours, et leur nombre cependant allait en augmentant. Ils cherchaient et trouvaient des protecteurs pour remplacer ceux qu'ils avaient perdus, la duchesse d'Etampes et madame Marguerite.
Pauvre Marguerite! Ils étaient bien loin les jours de sa jeunesse, jours de folie et d'amour. Avec la vieillesse l'heure du repentir était venue. Après avoir écrit l'Heptaméron, elle avait composé le Miroir de l'âme pécheresse, et la Sorbonne avait voulu y voir des propositions hérétiques.
Ses protégés, savants et beaux esprits, lui furent au moins reconnaissants; ils firent des inscriptions et frappèrent des médailles où ils l'appelaient la dixième Muse et quatrième Grâce. Pour elle, Ronsard a eu des strophes charmantes:
Ici la reine sommeille,
Des reines la non pareille,
Qui si doucement chanta:
C'est la reine Marguerite,
La plus belle fleur d'élite
Qu'oncques l'Aurore enfanta.
Mais ni les horreurs de la persécution ni les malheurs de la guerre ne suspendaient les plaisirs à cette cour de Henri II, «si gentiment corrompue,» dit Brantôme. C'était chaque jour quelque fête nouvelle, et toujours la duchesse de Valentinois en était la reine. Catherine de Médicis, l'épouse délaissée, ordonnatrice des bals et des festins, s'effaçait devant la favorite. La rusée Italienne avait alors acquis une véritable influence, occulte, il est vrai, mais qui pour cela n'en était pas moins sûre. Elle ne semblait cependant songer qu'aux plaisirs, mais les plaisirs étaient un de ses moyens favoris de gouvernement. Elle organisait l'escadron nombreux et dangereux de ses filles d'honneur, escadron charmant où les rois de France prirent l'habitude de choisir des maîtresses. Libre était la conduite des filles d'honneur, et nul, assure Brantôme, «n'y trouvait à redire, pourvu que sussent se garder de l'enflure du ventre.»
A toutes ces fêtes, chasses, bals, mascarades, Henri II ne paraissait que vêtu des couleurs de la duchesse de Valentinois. Il avait adopté ses emblèmes, un croissant placé sur des montagnes avec cette devise: Donec totum implicit orbem. Il faisait plus, il faisait frapper des médailles en l'honneur de l'altière favorite: la plus connue porte d'un côté cette inscription: Diana, dux Valentinorum clarissima. Au revers, on voit Diane foulant aux pieds un Amour, avec cette légende: Victorem omnium vici.
Henri II se faisait gloire de son amour: il semblait vouloir l'apprendre à tout l'univers, et en transmettre le souvenir à la postérité. Partout, sur les palais qu'il aimait à faire construire, on voit le chiffre du roi uni à celui de Diane; on le retrouve, ce chiffre, à Fontainebleau, à Chambord et à Saint-Germain. On les aperçoit encore, ces deux lettres, amoureusement enlacées au milieu des feuilles d'acanthe qui courent le long du palais du Louvre.
De grands artistes bâtissaient de royales demeures pour le roi Henri II. Il fallait de somptueuses résidences pour loger toutes les merveilles des arts de ce temps, et jamais on ne vit tant de chefs-d'oeuvre. Ce fut alors vraiment le beau moment de la Renaissance.
Le château d'Anet, bâti pour Diane de Poitiers, résumait toutes les splendeurs, toutes les magnificences de cette admirable époque.