Mais cette passion ne dura qu'une campagne; ce fut un intermède entre deux batailles. Marie était encore dans la première ivresse de sa fortune que déjà le Vert-Galant songeait à bien autre chose. Décidément, il la trouvait plus jolie sous le béguin.

Triste et repentante, faute de mieux, la pauvre religieuse regagna le couvent de Montmartre; elle en devint abbesse avec la protection du roi; elle entreprit même de réformer les moeurs de ses nonnes; elles en avaient besoin. «Le couvent de Montmartre était alors dans un piteux état, dit Sauval;» les revenus étaient nuls; les plus jeunes religieuses gagnaient leur pain à la pointe de leurs oeillades, et les vieilles étaient réduites à garder les vaches. Marie de Beauvilliers perdit ses soins et ses peines; ses religieuses révoltées faillirent même l'assassiner.

Ici se placent les règnes successifs des deux femmes les plus aimées d'Henri IV, Gabrielle d'Estrées et la marquise de Verneuil; mais leur influence sur les affaires et la politique du temps fut trop grande pour que nous ne leur consacrions pas un chapitre à part. Nous passerons donc tout de suite à la comtesse de Moret.

Jacqueline de Bueil, se fiant à sa figure et à ses charmes, essaya de renverser la marquise de Verneuil, dont l'ambition et les tracasseries fatiguaient Henri IV; mais l'esprit lui manquait; toutes ses petites intrigues ne réussirent même point à lui donner une grande position à la cour. «Un fils qu'elle avait eu du roi, dit Bassompierre, aurait dû cependant lui donner un grand ascendant; elle était malhabile.»

Ce fils, qui fut légitimé sous le nom d'Antoine de Bourbon, et qui, plus tard, joua un rôle à la cour de Louis XIII, sous le nom de comte de Moret, était-il bien de Henri IV? C'est ce dont il est permis de douter.

La comtesse sa mère, en effet, était d'humeur plus que facile, et le roi avait beau monter la garde autour de sa vertu, l'ennemi emportait la place d'assaut; et quel ennemi! le Guise, cet éternel ennemi de Henri de Bourbon, qui, n'ayant pu lui ravir son royaume, s'en vengeait en lui soufflant ses maîtresses.

Nous voici arrivés à la dernière passion de Henri IV, la plus violente et la plus fatale. Vieillard à barbe grise, le Vert-Galant se prit d'un amour impétueux, irrésistible, extravagant pour une enfant de seize ans, Charlotte-Marguerite de Montmorency. Bassompierre, qu'elle aimait, avait dû l'épouser; mais le roi avait prévenu son favori.

—«Je suis, lui avait-il dit, non-seulement amoureux, mais furieux et outré de mademoiselle de Montmorency. Si tu l'épouses, et qu'elle t'aime, je te haïrais; si elle m'aime, tu me haïrais. Je suis résolu de la marier à mon neveu le prince de Condé, et de la tenir près de ma famille.»

Un bon averti en vaut deux; Bassompierre, en courtisan bien appris, se retira; mais le prince de Condé eut le courage de tenter l'aventure.

Chose rare à cette époque, le prince de Condé prétendit garder sa femme pour lui seul. Henri fut outré de ce manque de respect; il ne songea plus qu'à lutter de ruses avec son neveu. La belle Charlotte, il faut le dire, n'accueillait point mal le roi; elle semblait même assez disposée à se rendre, mais elle était gardée à vue.