Les couches de Marie de Médicis, la seconde épouse de Henri IV, fournirent, pour attirer le prince de Condé à la cour, un prétexte auquel il ne put résister. Le roi était au comble de la joie de revoir sa bien-aimée, et Malherbe chantait:

Revenez mes plaisirs; ma dame est revenue,
Et les voeux que j'ai faits pour revoir ses beaux yeux,
Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue,
Ont eu grâce des cieux.

Le roi était alors complètement métamorphosé. Jaloux du bien paraître aux yeux de sa dame, il s'habillait avec recherche, soignait sa barbe et s'inondait d'essence. Il avait à la cour tout le monde pour lui; on trouvait impardonnable M. de Condé, et, tandis que chacun conspirait contre lui, les bons amis de cour lui insinuaient qu'il jouait gros jeu à lutter contre le maître.

Se voyant hors d'état de résister à l'orage qui menaçait son front, le prince prit le parti de fuir, et bravement il enleva sa femme, presque malgré elle.

«Le roi était au jeu, dit Bassompierre, quand le chevalier du guet lui porta la nouvelle de cette fuite. J'étais le plus proche de lui. Il me dit tout bas à l'oreille:—«Bassompierre, mon ami, je suis perdu. Cet homme mène sa femme dans un bois, je ne sais si c'est pour la tuer ou pour la conduire hors de France.»

Il se retira aussitôt dans sa chambre, confiant le jeu et son argent à Bassompierre. Il n'avait plus la tête à lui. Chez sa femme, il se livra à tous les transports d'une colère furieuse et d'un désespoir insensé. Il fit mander ses ministres et leur déclara qu'à tout prix il voulait faire revenir en France le prince de Condé et sa femme.

Malherbe, lui, chantait encore cette grande désolation:

Quelles pointes de rage
Ne sent point mon courage
De voir que le danger,
En vos ans les plus tendres,
Vient menacer vos cendres
D'un cercueil étranger.

Il paraît que la douleur fit maigrir Henri IV, que l'embonpoint n'avait cependant jamais gêné, car le poëte ajoute:

Aussi suis-je un squelette;
Ainsi la violette
Qu'un froid hors de saison
Ou le soc a touchée,
De ma peau desséchée
Est la comparaison.