La douceur d'être comparé à une violette ne suffit pas à consoler le roi, ni même à le faire renoncer à l'espérance de revoir madame de Condé.
Le prince s'était réfugié dans les Pays-Bas; des émissaires de Henri IV tentèrent un enlèvement: ils échouèrent. La diplomatie ne réussit pas mieux que le coup de main, et le roi allait sans doute déclarer la guerre à l'Autriche, quand le couteau de Ravaillac, le mystérieux régicide, vint détourner le cours des événements.
Sully prête à son maître les plus vastes projets; cette lutte, qu'il allait engager avec la maison d'Autriche, devait avoir pour résultat le remaniement de la carte de l'Europe, à la tête de laquelle la France se fût définitivement placée.
Il ne nous appartient pas de discuter ici la valeur de ces assertions, et nous laissons à la sévère histoire le soin de résoudre ce grand problème politique.
Du reste, Henri IV était bien de taille à le poser. L'homme avait ses faiblesses, mais le monarque était bien capable de les faire servir à ses desseins.
X
LA BELLE GABRIELLE.
Entre tous les noms amoureux et chéris que la tradition s'est plu à entourer d'une poétique auréole, celui de Gabrielle d'Estrées est assurément un des plus populaires.
Cette belle maîtresse du roi de France, cependant, était loin en son temps d'être l'idole de la foule: ses titres, son luxe, son ambition offusquaient les bourgeois. Elle fut marquise d'abord, puis duchesse; ils craignaient de la voir un jour assise sur le trône. Ils lui faisaient un crime de son esprit, de sa beauté même, beauté damnable!