Charmante Gabrielle,
Percé de mille dards
Quand la gloire m'appelle
A la suite de Mars,
Cruelle départie!
Malheureux jour!
Que ne suis-je sans vie
Ou sans amour!
L'amour sans nulle peine
M'a, par vos doux regards,
Comme un grand capitaine,
Mis sous ses étendards.
Cruelle départie!
Malheureux jour!
Que ne suis-je sans vie
Ou sans amour!

La réponse de Gabrielle, bien que moins populaire, mérite d'être rappelée, car c'est à tort qu'on en a contesté l'authenticité.

Héros dont la présence
Fait mes plus doux plaisirs,
Que ta cruelle absence
Me coûte de soupirs!
Que ne puis-je te suivre;
Dans les hasards
Ou bien cesser de vivre,
Lorsque tu pars.
Quoi! toujours aux alarmes
Tu veux livrer mon coeur,
Le moindre bruit des armes
Le glace de frayeur.
Il n'est point de remède
A mon tourment;
Si le guerrier ne cède
Au tendre amant.

On a attribué bien d'autres vers à Henri IV, comme on lui a attribué bien des mots qu'il n'a jamais dits. Quel que soit le poëte qui ait adressé à Gabrielle les vers charmants que nous allons citer, le Béarnais n'a pas à se plaindre d'en avoir vu grossir son bagage d'écrivain.

Viens, Aurore,
Je t'implore,
Je suis gai quand je te voi.
La bergère
Qui m'est chère
Est vermeille comme toi.
Pour entendre
Sa voix tendre
On déserte le hameau,
Et Tityre
Qui soupire
Faire taireson chalumeau.
Elle est blonde,
Sans seconde;
Elle a la taille à la main;
Sa prunelle
Etincelle
Comme l'astre du matin.
De rosée
Arrosée
La rose a moins de fraîcheur,
Une hermine
Est moins fine;
Le lys a moins de blancheur.
D'ambroisie
Bien choisie
Hébé la nourrit à part;
Et sa bouche,
Quand j'y touche,
Me parfume de nectar.

Les séparations momentanées des deux amants nous ont valu une série de lettres charmantes qui forment, avec les billets froissés soigneusement recueillis par la belle Corisandre, un galant recueil que Saint-Preux de sa plume ampoulée n'eût certes point écrit.

Les expressions les plus heureuses y peignent la passion la plus ardente, et rien n'égale la grâce des laconiques billets que chaque soir, avant de s'endormir sous la tente, Henri IV envoyait à sa maîtresse.

«Mes belles amours, deux heures après l'arrivée de ce porteur, vous verrez un cavalier qui vous aime fort, qu'on appelle roi de France et de Navarre, titre bien-honneureux, mais bien pénible; celui de votre sujet est bien plus délicieux.»

Voici quelques traits pris au hasard dans cette correspondance; plus nombreux et recueillis avec soin, ils ajouteraient un chapitre à l'histoire du Béarnais, chapitre que l'on pourrait intituler Esprit de Henri IV: