Le roi était venu à Rouen pour tenir l'assemblée des notables; c'est même à cette occasion qu'il fit cette mémorable harangue, dans laquelle il disait aux notables que, bien que ce ne fût l'usage des rois, des barbes grises et des victorieux, «il venait se mettre en tutelle entre leurs mains.»
Comme, à l'issue du conseil, le roi demandait l'avis de Gabrielle sur le discours qu'il avait prononcé devant ces bourgeois:
—Je suis fort étonnée, Sire, répondit la marquise de Monceaux, que Votre Majesté ait parlé de se mettre en tutelle.
—Ventre-saint-gris! répondit le roi, il est vrai; mais je l'entends avec mon épée au côté.
Gabrielle en cette circonstance fut officiellement présentée au parlement. Le bonhomme Groulard ne laisse pas que d'en être surpris; mais il en prend son parti et nous raconte que dès le lendemain matin il se transporta en l'hôtel de madame Gabrielle pour lui faire sa visite.
Lorsqu'elle suivait le roi à la chasse, Gabrielle avait adopté un galant costume d'homme, sous lequel sa beauté semblait plus piquante. Ils s'en allaient tous les deux le long des chemins de la forêt, faisant la cour buissonnière, leurs chevaux tellement rapprochés qu'ils pouvaient se donner la main.
Mais cette douce et charmante existence ne pouvait durer toujours. Le royaume n'était point si pacifié encore que Henri pût se permettre les tranquilles amours des rois fainéants. La nécessité, bottée et éperonnée, vint plus d'une fois soulever les rideaux de son alcôve au milieu de la nuit. Alors il fallait partir. Toute frissonnante et demi-nue, Gabrielle accompagnait son amant jusqu'à la cour d'honneur.
—Dieu vous garde, Sire, et au revoir!
Et le roi s'élançait à cheval, non sans avoir pris auparavant le baiser de l'étrier.
C'est en telles circonstances qu'il envoyait à Gabrielle cette charmante romance, digne d'un ménestrel du gai sçavoir, et qui est la gloire et le renom même de Gabrielle: