Il était alors plus que jamais question du mariage du roi et de sa maîtresse.

La belle Gabrielle fut un des auteurs de l'abjuration du roi, et elle contribua puissamment à vaincre des scrupules qu'il n'avait point, mais qu'il joua toute sa vie.

Car il y avait en lui bien plus d'Auguste que de César.—«Mes amis, ai-je bien joué cette comédie?»

A tort on a accusé Henri IV de tenir si prodigieusement à la religion réformée. Si quelquefois il en fredonnait les psaumes, c'est qu'il les avait appris dans son enfance, et que ces pieux airs chantaient dans son coeur comme un écho affaibli de ses jeunes années. La belle Gabrielle alors lui mettait la main sur la bouche et, malgré ses Ventre-saint-gris, le faisait taire.

—Souvenez-vous, Sire, que vous êtes le fils aîné de l'Église.

Plus tard nous voyons Gabrielle pousser à la conquête de la Franche-Comté, prendre les intérêts de Balaguy-Montluc, s'entremettre entre Henri IV et le duc de Mercoeur, enfin, à l'apogée de sa puissance, faire négocier à Rome la rupture du mariage du roi et de Marguerite de Navarre.

Épouse délaissée. Marguerite expiait alors les folies de sa jeunesse. Reléguée en Auvergne dans sa résidence d'Usson, elle se plaignait en beaux vers d'être une épouse sans mari, et elle écrivait ses Mémoires qui ne réussissent point à donner à nos yeux tort à Henri IV. Déjà elle pouvait prévoir qu'elle allait avoir à lutter contre l'influence de la favorite.

Aucun nuage n'obscurcissait alors le radieux avenir de la marquise de Monceaux. Sa position à la cour était devenue officielle, et chacun lui rendait les hommages dus à une souveraine.

Partout nous la retrouvons aux côtés de Henri IV, aux bals, aux fêtes, et jusque dans les conseils. Le roi reçoit-il des ambassadeurs, il la fait cacher derrière une tapisserie, afin qu'elle puisse ouïr tout ce qu'on dira et lui donner son avis.

Le premier président du parlement de Normandie, Groulard, nous donne dans ses curieux Mémoires la mesure de la toute-puissance de Gabrielle.