Avec les cent mille écus, de nouveaux scrupules étaient venus à la famille d'Entragues. Il y eut de nouvelles difficultés, de nouvelles négociations. Le roi, de jour en jour plus pressant, sommait Henriette de tenir sa promesse; mais elle, avec un art infini, maudissait comme son amant la surveillance fâcheuse d'une famille trop attachée à un vain point d'honneur, lui jurait qu'elle attendait avec impatience une occasion favorable, et finissait par le remettre au lendemain.
Henri IV, de guerre lasse, allait peut-être abandonner la partie et ses cent mille écus, qui à cette heure lui tenaient au coeur au moins autant que son amour, lorsqu'il reçut d'Henriette une lettre où elle lui expliquait qu'une promesse de mariage en bonne et valable forme, adressée à M. d'Entragues, mettrait en repos la conscience chatouilleuse de ce bon père et assurerait enfin leur liberté et leur bonheur.
Les chroniques nous ont conservé la curieuse épître de l'adroite demoiselle: avec une heureuse habileté d'expressions, elle prouve au roi qu'elle n'est pour rien dans cette dernière exigence: elle a engagé ses parents à se contenter d'une promesse verbale, mais ils s'opiniâtrent à exiger un écrit, «Enfin, Sire, ajoute-t-elle en terminant, puisqu'ils s'entêtent de cette vaine formalité, quel risque y a-t-il à se prêter à leur manie? Vous ne ferez point difficulté de les satisfaire, si vous m'aimez comme je vous aime. A mon égard, tout ce qui m'assurera mon amant me satisfera.»
Il ne fallait pas tant d'éloquence pour convaincre le roi; une promesse, de mariage surtout, ne lui avait jamais semblé un obstacle sérieux. Après un don de cent mille écus, cette vaine formalité, comme disait mademoiselle d'Entragues, lui paraissait une plaisanterie. Il eût défendu son coffre-fort, il signa sans hésiter et de la meilleure grâce du monde la promesse de mariage qui devait lui ouvrir l'alcôve de la belle Henriette.
Nous avons ce document, écrit en entier de la main de Henri IV, et scellé du sceau royal; il était de nature à satisfaire le père le plus exigeant:
«Nous, Henri, roi de France et de Navarre, en foi et parole de roi, promettons et jurons à M. de Balzac d'Entragues, que nous donnant pour compagne demoiselle Catherine-Henriette d'Entragues, sa fille, au cas que dans six mois elle devienne grosse, et qu'elle accouche d'un fils, alors et à l'instant, nous la prendrons pour femme et légitime épouse, dont nous solenniserons le mariage publiquement et en face de notre mère sainte Eglise, selon les solennités requises et accoutumées.
«Henri.»
L'histoire de cette promesse de mariage, que Sully appelle «un honteux papier,» n'est pas la page la moins curieuse des Œconomies.
Henri IV, au moment de partir pour le château de M. d'Entragues, s'avise de montrer le fameux acte à son ministre. Sully le prend, le lit avec une attention triste qui fait monter le rouge au front du Vert-Galant, et enfin le lui rend froidement et sans prononcer une parole.
—«Là! là! dit le roi, parlez librement et ne faites pas tant le discret; n'ayez crainte que je me fâche.»