Sully alors reprend la promesse et la met en pièces.
—«Comment, morbleu! s'écrie Henri, que prétendez-vous faire? Je crois que vous êtes fou!»
—«Il est vrai, Sire, que je suis fou, répond le hardi confident; plût à Dieu que je le fusse tout seul en France!»
Le roi s'éloigna en maugréant, comme c'était son habitude lorsqu'il ne voulait pas avouer que Sully avait raison; mais avant de partir pour Malesherbes, résidence de la famille d'Entragues, il eut soin de préparer une nouvelle cédule.
De ce jour, Henriette fut toute à lui, et un mois ne s'était pas écoulé qu'elle jouissait de toutes les prérogatives et de toute l'influence que dix ans de dévouement et d'affection avaient méritées à la belle Gabrielle. Mais quelle différence! L'humeur égale et douce de la duchesse de Beaufort la faisait aimer de tous ceux qui approchaient le roi, son esprit conciliant suffisait à apaiser les mille querelles que des intérêts divers font naître entre les courtisans; avec l'altière Henriette, au contraire, la discorde entra à la cour, et Henri IV ne tarda pas à s'apercevoir qu'il avait choisi la tempête pour compagne.
Les graves embarras que, dès le premier jour, suscita la nouvelle favorite ne diminuèrent en rien la passion du Béarnais: le pouvoir des femmes sur son esprit grandissait avec les années.
Gabrielle avait été duchesse de Beaufort, Henriette fut marquise de Verneuil; et telle était après peu de semaines son influence, que le duc de Savoie se crut obligé d'acheter par des présents d'une énorme valeur sa toute-puissante protection.
Souveraine maîtresse au palais de Fontainebleau, ces «déserts» chers à Henri IV, la marquise ordonnait à son gré les fêtes et les chasses, ce qui ne l'empêchait pas d'assister aux conseils du roi, d'avoir sa politique et d'émettre son avis, au grand déplaisir de Sully, des généraux et des ministres.
Pour mademoiselle d'Entragues, le Béarnais était devenu prodigue, et chaque jour quelque don nouveau venait témoigner de la vivacité de sa passion. S'éloignait-il, était-il forcé de quitter les genoux d'Henriette, même pour une seule journée, il retrouvait pour lui écrire de ces expressions si tendres, si naïvement amoureuses, qui jadis mouillaient de douces larmes les yeux de la Belle Gabrielle:
«Mon cher coeur, un lièvre m'a mené jusque devant Malesherbes, j'y ai éprouvé la douce souvenance des plaisirs passés; je vous ai souhaitée entre mes bras comme autrefois je vous y ai vue.... Bonjour, chères amours. Si je dors, mes songes seront de vous, si je veille, mes pensées seront de même. Recevez un million de baisers de moi.