Le voyage de Marie de Médicis continua à petites journées, le roi parti en avant faisait l'office de fourrier. Ce voyage fut un long triomphe. Le parti catholique devait bien cette ovation à la nièce du Saint-Père, et c'est au milieu des acclamations les plus enthousiastes qu'elle fit son entrée à Paris, où l'attendaient de cruelles déceptions.

Il était dans la destinée de Marie de Médicis de voir sa vie troublée par des favorites royales. Jeune fille, elle avait dû fuir le palais paternel où régnait despotiquement Bianca Capello, la belle courtisane vénitienne; épouse et reine, elle dut subir une humiliante rivalité avec la marquise de Verneuil; mère enfin, elle eut la douleur de voir des bâtards partager avec son fils les caresses paternelles.

Il ne faudrait pas cependant se trop apitoyer sur les malheurs de Marie; sa vertu est restée trop équivoque pour qu'on lui accorde tout l'intérêt que mérite une épouse trahie. Son cousin Virginio Orsini, dont l'affection n'était rien moins que fraternelle, le duc de Bellegarde, et enfin le trop fameux Concini, l'aidèrent, dit-on, à se venger des infidélités trop nombreuses de son époux. Pour les deux premiers, la chronique s'aventure peut-être, mais le doute n'est pas possible à l'égard de celui qui devint plus tard le maréchal d'Ancre.

Tranquille du côté de ses ennemis, Henri IV, après son mariage, avait espéré vivre enfin en repos. Il se trompait: il retrouva dans sa maison la guerre qui avait cessé au dehors.

Un mois ne s'était pas écoulé depuis l'arrivée de Marie de Médicis, que déjà le Louvre était devenu un enfer. La faute en était au Vert-Galant, qui avait caressé cet espoir insensé «d'accorder deux femmes terriblement jalouses, une femme légitime et une maîtresse,» et qui «avait la prétention de les faire vivre en bonne intelligence sous le même toit.»

Henri n'accorda même pas à sa femme les trois mois du poëte, mois bénis du premier amour; il avait été repris d'une belle passion pour Henriette, «dont le bon bec» l'amusait infiniment, et il ne se passait pas de semaine «qu'il ne fit quelque nouvelle entreprise» pour aller coucher au château de Verneuil.

Aussi chaque jour de terribles querelles éclataient dans le ménage royal; «cette illustre paire d'amants, dit une chronique, vivait dans une brouillerie perpétuelle.» Sully avait assez à faire à mettre le holà, et deux ou trois fois il n'eut que le temps d'arrêter le bras de la reine qui se levait menaçant sur son époux. Le ministre n'était pas là sans doute le jour où elle égratigna si fort la figure de Henri qu'il en porta les marques plus d'une semaine.

Comme de juste, la marquise de Verneuil avait été présentée à la reine. Marie de Médicis l'avait reçue plus que froidement, et tout l'esprit de la favorite n'avait pu arracher une parole à l'épouse outragée.

Le rêve de Henri était de donner à sa maîtresse un logement au Louvre; mais toute son habileté diplomatique avait échoué contre la juste jalousie de la reine. Les courtisans qui s'étaient entremis ne réussirent pas mieux que leur maître, et deux ou trois d'entre eux payèrent d'une disgrâce un échec auquel ils eussent dû s'attendre. Rosny lui-même n'eut pas une chance meilleure. Le roi désespérait presque, lorsqu'une des femmes de la reine offrit de le servir. Cette femme était Léonora Galigaï.

Cette intrigante, toute-puissante sur l'esprit de sa maîtresse, la décida à subir la marquise de Verneuil, et bientôt les deux ennemies, l'épouse et la maîtresse, semblèrent vivre dans la meilleure intelligence.