Ce fut un scandaleux et triste spectacle: la reine et la favorite eurent chacune leur appartement au Louvre, appartements si voisins qu'une simple porte de communication dont le roi avait la clef les séparait.—«Je suis enfin heureux,» disait le Vert-Galant. Il y avait de quoi!
A quelque temps de là Marie de Médicis et la marquise eurent chacune un fils à peu de semaines de distance. Le roi fit aussi bon accueil à l'un qu'à l'autre. Les enfants avaient toujours eu le don de le réjouir, «de quelque part qu'ils vinssent.» Ils étaient pour lui comme un signe de prospérité, et à ce compte Henri put s'estimer un monarque prospère. Il n'était alors question que de la bonne intelligence des deux mères. Aux fêtes qui célébrèrent la naissance d'un dauphin, Marie de Médicis inscrivit le nom d'Henriette sur la liste des dames qui devaient danser un ballet qu'elle avait composé. Chaque dame représentait une vertu.
Ce fut le dernier triomphe d'Henriette. Nous allons voir pâlir son étoile jusqu'à ce qu'elle s'éteigne dans les brumes épaisses de l'oubli. Le premier coup qui devait ébranler sa fortune, lui fut porté par la reine; cette Italienne qui pouvait se composer un visage souriant, mais non étancher le fiel de son coeur. Marie de Médicis, par l'entremise d'une des soeurs de Gabrielle, fit tenir au roi des lettres de la marquise adressées au duc de Joinville, pour lequel elle avait eu une vive passion. Dans ces lettres, que Joinville avait sacrifiées à une nouvelle maîtresse, le roi et la reine étaient indignement outragés. L'amour d'Henri surtout y était tourné en ridicule au bénéfice d'un préféré.
Le Vert-Galant, si naïf au fond avec les femmes, fut altéré par la lecture de cette correspondance. Il se croyait aimé! Joinville dut quitter la cour, et on conseilla à la marquise d'aller prendre l'air dans une de ses terres. Elle obéit furieuse et jurant de se venger.
Nous n'entrerons point ici dans les détails des intrigues sourdes et des conspirations qui troublèrent le règne de Henri IV. A presque toutes nous trouvons mêlées mademoiselle d'Entragues et sa famille.
Déjà, lors de la conspiration de Biron, le père et le frère de la favorite n'avaient dû la vie qu'à ses prières. Une nouvelle entreprise ne fut pas plus heureuse; mais Henriette elle-même se trouva compromise, et le roi ordonna sa mise en jugement.
Rendue à la liberté, dévorée de rage et d'ambition déçue, elle passa sa vie à susciter des ennemis à ce roi qui l'avait tant aimée. Telles avaient été ses menaces, elle avait parlé si haut de ses projets de vengeance, qu'on l'accusa d'avoir, de concert avec d'Épernon, mis le couteau aux mains de l'infâme Ravaillac.
De ce moment elle cessa de paraître à la cour, et nul ne se souvenait plus de cette belle et fière Henriette d'Entragues, lorsqu'elle mourut à son château de Verneuil le 9 février 1633. Elle avait cinquante-quatre ans.