MADEMOISELLE DE HAUTEFORT
ET
MADEMOISELLE DE LA FAYETTE.
Seule, la loi des contrastes donne ici une place aux chastes amours de Louis XIII; le noble caractère des belles et vertueuses amies de ce prince mélancolique reçoit un éclat nouveau du voisinage de tant de favorites royales, qui n'ont même pas pour excuse la violence de la passion, et dont l'ambition semble avoir été le seul mobile.
Des chroniques mensongères peuvent, il est vrai, donner au roi seul tout l'honneur d'une sagesse si rare à cette époque qu'elle en est presque invraisemblable; mais il faut avoir étudié bien superficiellement la vie de mesdemoiselles de Hautefort et de La Fayette pour avancer que leur vertu ne fut qu'impuissance, et qu'elles firent, l'une et l'autre, tous leurs efforts pour forcer la triple cuirasse de pudeur, de glace et de scrupules religieux, qui défendait contre leurs galantes tentatives le coeur de leur royal ami.
Leur conduite politique, bien que toute de dévouement et de désintéressement, mérite moins d'éloges: leur nom se trouve mêlé à toutes les cabales, à tous les complots des grands seigneurs, de la reine-mère et d'Anne d'Autriche. Abusées par l'influence personnelle de la reine, dupes de sa dangereuse amitié, elles la secondèrent de toutes leurs forces dans ses entreprises contre un ministre détesté.
Mais à une cour où Richelieu était le maître, les femmes devaient avoir une faible influence; le cotillon s'effaçait devant la robe rouge de l'ombrageux cardinal.
On n'en a pas trop dit sur la chasteté de Louis XIII; la froideur de sa nature lui rendait facile la vertu que lui imposaient ses scrupules religieux. Ce fils du Vert-Galant n'aimait pas les femmes, et il considérait l'immodestie comme un scandaleux et damnable péché.
On pense s'il eut à souffrir au milieu d'une cour licencieuse, dont les dames n'avaient pas assez d'admiration ni de regrets pour la galanterie de Henri IV. Au moins ne se gênait-il pas pour exprimer ses sentiments d'une façon souvent plus que brutale.
Un jour, à la table royale, il remarqua une dame qui étalait avec une complaisance exagérée les splendeurs d'une fort belle gorge.—Les portraits des femmes modestes du temps nous donnent une idée de ce que pouvait être l'exagération.—Le roi ne dit mot, tout d'abord, évitant seulement de tourner les yeux de ce côté. Mais à la fin du repas il conserva dans sa bouche une gorgée de vin rouge et la lança dans le corset de la dame.