Louis XII, déjà vieux et épuisé, s'en allait mourant, et comme il n'avait pas d'enfants, sa jeune veuve allait être contrainte, à sa mort, de quitter le trône, et la France peut-être, ce plaisant pays, pour aller tristement finir ses jours de l'autre côté de la Manche, au pays de la brume.
«Mais, si par adventure, de son mari ou de quelqu'autre plus jeune, un fils lui survenait, ce fils, au détriment du duc François, hériterait de la couronne; elle serait régente alors, et jouirait de tous les priviléges de ce beau titre pendant de longues années de minorité.»
La belle Anglaise avait peut-être calculé toutes ces éventualités, lorsque, pour la première fois, il lui fut impossible de ne pas s'apercevoir de l'amour du jeune et séduisant duc d'Angoulême.
Elle se montra fort sensible, «plus qu'il ne convenait,» aux empressements de l'héritier du trône. Ils étaient jeunes tous les deux, aimables, amoureux, le dénoûment de cette intrigue ne devait pas se faire attendre, lorsque tous les intérêts compromis vinrent se jeter à la traverse.
Un gentilhomme périgourdin, le sieur de Grignaux, découvrit, le premier, le gentil roman de la reine. Il prévint en toute hâte la mère de François, qui le chargea de désenchanter le jeune prince, en lui faisant apercevoir un calcul habile là où il ne croyait voir que de l'amour. Madame d'Angoulême se réservait de brusquer une rupture si les avertissements d'un ami ne suffisaient pas.
—Pasque-Dieu! Monseigneur, dit à François le prudent de Grignaux, voulez-vous toujours être simple duc d'Angoulême et jamais roi de France!
Et comme l'amoureux François feignait de ne pas comprendre:
—Jour de Dieu! continua l'excellent donneur d'avis, gardez-vous, monseigneur, des caresses de la reine; vous jouez là à vous donner un maître, un accident est tôt arrivé: êtes-vous si pressé de vous faire un roi?
Le jeune prince ne fit que rire des avertissements de Grignaux.
—J'aime autant, répondit-il, voir régner mes enfants que de régner moi-même.