Elle avait eu de ce prince deux enfants qu'Innocent III n'hésita pas à reconnaître pour légitimes.

Nous voici arrivés à une des époques les plus tristes de notre histoire. Un fou est assis sur le trône de France; à ses côtés s'agite une incroyable mêlée de trahisons, de débauches et d'infamies. Les princes du sang, les frères du roi, se disputent les lambeaux du pouvoir, tandis qu'Isabeau de Bavière, épouse adultère, mère dénaturée, le vend à l'étranger[2].

Dans ce palais de l'hôtel des Tournelles, où la luxure trébuche à chaque pas dans le sang, une intéressante et douce physionomie se détache du moins sur le fond sombre du tableau, la maîtresse ou plutôt la garde-malade de l'insensé Charles VI. Elle seule a le pouvoir de calmer ses accès furieux; il obéit à sa voix et le peuple attendri décerne à cet ange consolateur le surnom de petite reine.

L'histoire nous apprend peu de choses d'Odette de Champdivers. C'était, dit-on, la fille d'un marchand de chevaux; le roi la vit et la trouva belle; ce fut Isabeau elle-même qui, pour se débarrasser du malheureux insensé, la jeta dans le lit de son mari.

A dater de ce moment, toujours aux côtés du roi de France, on retrouve Odette de Champdivers, sa seule joie dans ses intervalles lucides, comme les cartes à jouer ou tarots étaient sa seule distraction.

C'était, en effet, pour ce vieil enfant que l'on venait d'inventer les cartes dont l'imagier Jacquemin Gringonneur peignait si merveilleusement les bizarres figures.

Tandis que chacun cherchait à s'attacher à une fortune nouvelle et prenait parti pour le Bourguignon ou pour l'Anglais, la petite reine restait fidèle au malheur. Tandis que nobles et grands seigneurs abandonnaient le monarque infortuné, Odette de Champdivers, symbole du pauvre peuple attaché à son maître, semble annoncer déjà l'apparition prochaine de ces deux vierges, l'une sainte et l'autre folle, qui devaient sauver la France agonisante, Jeanne Darc et Agnès Sorel.


II

AGNES SOREL.