Le chagrin le prit alors, le mal du pays, il soupirait après le grand air, la liberté; bientôt sa vie fut en danger et on dut le conduire en un autre château, aussi près de Valence, entouré de forêts, de canaux et de jardins.
Cependant, à la nouvelle de la maladie de son frère, Marguerite de Navarre écrivit à Charles-Quint pour obtenir, avec un sauf-conduit, la faveur de partager la prison du royal captif. L'empereur accorda avec plaisir les autorisations nécessaires; il en était arrivé à trembler pour la vie de son prisonnier, et la mort du roi anéantissait tous ses projets. Marguerite partit donc, suivie de ses dames d'honneur, au nombre desquelles avait pris place la comtesse de Chateaubriant, impatiente de trouver son amant.
Des officiers de Charles-Quint escortèrent la reine de Navarre et les dames de sa suite; partout, sur leur passage, elles trouvèrent un accueil royal, et lorsqu'elles arrivèrent à Madrid, où, sur ses pressantes instances, François Ier avait été transféré, on mit à leur disposition une somptueuse demeure.
Ce fut un grand bonheur, pour le pauvre prisonnier, que l'arrivée de cette soeur bien-aimée, de cette Marguerite, si spirituelle, si enjouée, qui, pour charmer les ennuis de sa captivité, accourait, avec un essaim de jeunes femmes, belles et rieuses comme elle. François accueillit avec transport la comtesse de Chateaubriant; en pressant sur son coeur sa belle maîtresse, il put croire que tous ses malheurs étaient finis.
Ce n'étaient pas cependant les fêtes folles de Fontainebleau ou d'Amboise, mais ce n'était déjà plus la triste solitude de la forteresse de Valence.
François se sentait renaître, au milieu de cette petite cour aimable et dévouée, lui qui avait failli mourir d'ennui, au milieu du lugubre cérémonial de tous ces Castillans si fiers qui l'entouraient. Lui toujours si joyeux, si aisé, si familier, il avait été pris de marasme à la vue de tous ces grands d'Espagne, esclaves de la tradition et de l'étiquette, toujours huchés sur les prérogatives de leur grandesse.
Ne s'avisèrent-ils pas un jour de vouloir, comme c'était l'usage à la cour de Charles-Quint, que François les saluât avant de retirer leurs sombrero?
De ce jour le prisonnier n'avait plus voulu voir personne, et l'ennui avait jeté sur lui son manteau glacé.
François Ier racontait toutes ses tristesses à sa bonne Marguerite, il lui parlait des heures mortelles de la forteresse de Sciativa, il lisait les poésies composées alors qu'il n'espérait plus, et dont quelques-unes étaient adressées à madame de Chateaubriant. C'est les larmes aux yeux que la belle comtesse écoutait ces vers plaintifs, doux souvenir d'un amour royal:
O triste départie
De mon tant regretté
Deuil ne sera osté
Qui faict mon coeur parlé.
Sur moi laisse le fait,
Je t'en supplie, amie,
Car mort j'aurai pour vie,
Si autrement ne fait.