A ces vers obscurs et incorrects, la comtesse de Chateaubriant répondait par de douces paroles de consolation, et la reine de Navarre, pour chasser les derniers nuages de tristesse, racontait alors quelqu'une de ces nouvelles d'amour et de galanterie qui devaient plus tard former l'Heptaméron.

Charles-Quint surveillait, avec une visible inquiétude, la petite cour qui entourait son prisonnier; toutes ces fêtes intimes lui paraissaient cacher quelque projet d'évasion. François Ier ne songeait nullement à tromper la surveillance de ses gardiens; mais, réconforté par la présence de sa soeur Marguerite et de sa bien-aimée Françoise, il avait conçu un autre plan, beaucoup moins hasardeux, et tout aussi propre à tromper les ambitieuses espérances de son vainqueur.

Entre sa soeur et sa mie, François Ier écrivit un acte solennel d'abdication. Cet acte donnait au Dauphin le titre de roi de France, la reine nommée régente prenait la direction des affaires, et lui-même, devenu simple gentilhomme, ne présentait plus aucune garantie sérieuse à celui qui le retenait.

La reine Marguerite emporta, caché dans un des plis de sa robe, cet acte qui ôtait la couronne du front de son frère. Le temps accordé par le sauf-conduit venait d'expirer, et la belle reine de Navarre, toujours suivie de son escorte de dames, avait dû regagner la France.

Lorsque Charles-Quint apprit l'existence de l'acte d'abdication, il était trop tard, la soeur du roi de France avait passé la frontière.

Cette résolution, véritablement chevaleresque, ne fut jamais exécutée, les rigueurs de la captivité devaient avoir raison des projets de François Ier.

Après le départ de la reine Marguerite et de madame de Chateaubriant, la captivité du roi de France devint plus rigoureuse que jamais: Charles-Quint était décidé à obtenir toutes les concessions qu'il avait demandées, et il ne voulait plus attendre davantage. Le prisonnier était retombé malade, la régente se vit forcée de s'exécuter. Un traité minutieusement rédigé fut signé à Madrid, et après un an et un mois de captivité, le roi de France put revoir son royaume.

L'heure de la délivrance de François Ier, si impatiemment attendue par la comtesse de Chateaubriant, fut le signal de sa disgrâce. Elle avait compté, l'infortunée, sans l'inconstance de son amant, sans la haine que lui portait Louise de Savoie.

En arrivant à Bayonne, François Ier trouva sa mère, qui, «jalouse d'être agréable à son fils, avait amené avec elle un brillant cortège de dames et de demoiselles.» Il s'éprit aussitôt d'un fol amour pour la plus belle d'entre elles, la jeune de Heilly, qu'on appelait aussi Anne de Pisseleu et qui devint la duchesse d'Étampes.

Louise de Savoie joua en cette circonstance un assez triste rôle: dans son désir de renverser son ancienne rivale en influence, la comtesse de Chateaubriant, elle avait longtemps à l'avance stylé la belle de Heilly; elle la poussa, pour ainsi dire, entre les bras de son fils.