Idée d'une philanthropie sublime, mais d'une pratique difficile.
La façon d'opérer de Verminet, qu'il appelle son «système financier,» est pourtant des plus simples.
Un malheureux commerçant perdu, ruiné, à la veille de la faillite, s'adresse-t-il à lui? Il le console, lui fait signer des billets pour la somme dont il a besoin, et lui remet en échange... d'autres billets, signés par quelque autre négociant non moins perdu, ruiné, et aussi près de la faillite que le premier.
Et à chacun d'eux, il dit:
—Vous ne trouvez pas d'argent sur votre signature?... En voici une qui est de l'or en barre et que vous escompterez aussi aisément qu'un billet de banque.
C'est pourquoi, bravement il perçoit une commission, payable comptant, par exemple, de deux pour cent sur le montant des billets souscrits.
A ceux que ne satisfait pas une seule signature, il en procure deux, trois, quatre... Ah! il n'est pas regardant!
—Comment Verminet trouve-t-il des clients?
On se l'explique quand on sait tout ce dont est capable le pauvre commerçant obsédé par le fantôme de la faillite, il perd la tête, il se débat... Il se raccroche à une signature comme un homme qui se noie à un brin d'herbe.
Parfois cet échange de signatures réussit pour un jour. Tel dont la situation est connue trouve crédit sur la position inconnue d'autrui. L'échéance n'en est que plus terrible.