Ce qui est sûr, c'est que quiconque entre chez Verminet ayant encore quelques chances de rétablir ses affaires, en sort irrémissiblement perdu.
Ceci est déjà bien, et cependant ce n'est que la partie morale des opérations de la Société d'escompte mutuel.
Ses revenus les plus importants et les plus réguliers, elle les tire de tripotages infiniment moins avouables encore.
Elle tient boutique, par exemple, de ces «effets de circulation» qui sont le désespoir et l'effroi de la banque. Tous les faiseurs de la coulisse savent qu'elle fait commerce de signatures assorties pour billets à des fournisseurs: depuis trois francs sur timbre ordinaire, depuis cinq francs sur timbre orné de vignettes commerciales. Il n'est guère de syndic qui ne soit sûr qu'elle fabrique pour faillites, des titres de fantaisie et des créances fictives.
On dit que Verminet gagne du l'argent.
XXIII
Doué de ce coup d'œil rapide et pénétrant, de cette vive sensibilité aux objets extérieurs, qui sont le privilège des artistes de talent, André déchiffra, en quelque sorte, l'histoire de la Société d'escompte mutuel, sur la façade de la maison de la rue Sainte-Anne.
—Hum!... voici une boutique, fit-il, qui ne me dit rien de bon.
—Pas d'apparence!... c'est vrai, objecta le jeune M. Gaston d'un ton capable, mais du fond, beaucoup de fond!... Il s'y brasse, voyez-vous, des affaires dont vous ne vous douteriez jamais. Ah!... Verminet est un gaillard qui vous sait le «truc.»
C'était justement ce que pensait André.