—Un faux!... murmura-t-il, pas connaissance!...

Cette rare impudence fouetta le sang du jeune M. Gaston et le tira du stupide anéantissement où il restait plongé.

—Trop forte!... s'écria-t-il, elle est trop forte. Comment, Verminet, ce n'est pas vous qui m'avez dit que pour votre garantie personnelle il vous fallait un nom au-dessus du mien!... Celle-là, on ne me la fait pas!...

C'est si bien vous, que vous m'avez mis sous les yeux une lettre en me disant: «Tenez, imitez vaille que vaille ce paraphe, c'est celui de M. Martin-Rigal, le banquier de la rue Montmartre...» Je ne voulais pas, et alors vous m'avez donné votre parole sacrée que ce n'était qu'une formalité qui ne m'engageait à rien qu'à payer exactement; que les papiers ne sortiraient pas de votre tiroir... Et vous niez!... Non, ce n'est pas délicat, et vous me faites de la peine.

Le très honorable directeur écoutait d'un air glacé.

—Accusation mensongère!... dit-il enfin, preuves absentes; société incapable d'action blâmable punie par lois.

—Et cependant, monsieur, insista André, vous n'avez pas hésité à mettre de tels billets en circulation! Avez-vous calculé les épouvantables conséquences de ce manque de parole!... Qu'arriverait-il si on présentait à M. Martin-Rigal cette fausse signature?

—Danger improbable; Gandelu créateur, Rigal endosseur. Billets échus toujours présentés à créateur.

Le jeune M. Gaston se répandait en récriminations, mais André comprit bien que toute discussion serait oiseuse, et que les raisons les plus fortes se briseraient contre une volonté mûrement réfléchie et arrêtée.

Le guet-apens était évident, mais quel était son but?