Elle l'entendit seulement murmurer:

—Que devenir?... Que faire?...

Le malheur est que M. de Mussidan n'avait pas été seul à recueillir les lamentables aveux de sa femme.

Le comte et la comtesse croyaient leur fille endormie; elle ne dormait pas. Ils croyaient son cerveau troublé par les hallucinations de la fièvre nerveuse qui avait mis ses jours en danger, et jamais sa raison n'avait été plus nette.

C'étaient eux qui la veillaient, car ils avaient redouté les indiscrétions de son délire, la fidèle Modeste était allée se reposer, et ils avaient laissé la porte de la chambre de Sabine ouverte, pour répondre si elle appelait, pour accourir si le mal lui arrachait un gémissement.

Oui, ils avaient commis cette imprudence, la porte qui donnait du petit salon dans la chambre était restée ouverte, et des mots terribles: ruine... déshonneur... infamie... désespoir... fin de tout... étaient arrivés jusqu'à Sabine.

D'abord elle avaient douté. N'était-ce pas le délire encore?... Elle avait fait un effort pour secouer cet odieux cauchemar.

Mais bientôt elle dut se rendre à l'évidence. Ce qu'elle avait pris pour un rêve sinistre, c'était bien la réalité.

Dressée sur son lit, palpitante d'horreur, le front moite d'une sueur glacée, elle avait prêté l'oreille et entendu...

Sans doute bien des mots, des phrases entières lui avaient échappé, mais elle n'avait pu se méprendre au sens général.