La conclusion, d'ailleurs, n'était que trop claire. Les crimes de sa mère allaient être divulgués, punis, c'en serait fait de l'honneur du nom, si elle, Sabine, ne consentait pas à épouser cet homme qu'elle ne connaissait pas, le marquis de Croisenois.
A cette pensée, tout son être se révoltait. Pourtant, elle n'hésita pas. Le devoir parlait. Elle se jura qu'elle se dévouerait.
Le supplice, elle le sentait, ne serait pas long. Arracher de son cœur son amour pour André, c'était s'arracher la vie même... Elle se dit qu'elle trouverait assez de courage pour vivre jusqu'à ce que tout fût sauvé... il le fallait. Après, elle aurait le droit d'accepter le repos et l'oubli de la tombe.
Mais la chair faillit trahir l'énergie de son âme. La fièvre la reprit dans la nuit, et une rechute mit sa vie en péril.
Elle fut encore sauvée, et lorsqu'elle revint à elle sa résolution n'avait ni changé ni faibli. Son premier acte, dès qu'elle ressaisit la liberté de son esprit, fut d'écrire à André cette lettre d'adieux qui avait rendu comme fou le malheureux artiste.
Puis, comme elle craignait que son père au désespoir ne se portât à quelque extrémité, elle lui avoua qu'elle savait tout.
—Du reste, ajoutait-elle, il ne fallait pas se désoler, elle n'avait jamais aimé M. de Breulh, et elle était prête à épouser le marquis de Croisenois; ce ne serait pas, affirmait-elle, un grand sacrifice.
M. de Mussidan fut-il dupe de ce généreux mensonge?... Il est certain que non.
D'ailleurs, l'idée que le bonheur, la vie, la personne de sa fille seraient la rançon de son honneur en danger lui était insupportable.
Seul, il n'eût pas hésité à braver les conséquences du meurtre de Montlouis.