Seul, il faisait obstacle à leurs projets; seul, il se dressait entre eux et le but; il était clair que tous les moyens leur seraient bons pour se défaire de lui, et qu'ils ne reculeraient pas devant un crime.

Toutes ses démarches étaient surveillées, il en avait acquis la certitude; partout il traînait à sa suite une escorte d'espions; pourquoi? La mission de ces gens ne pouvait être que d'épier l'occasion favorable.

Mais cette perspective, cette certitude d'un guet-apens ne pouvait l'arrêter. Si même il songeait à prendre des précautions, c'est qu'il se disait:

—Si je péris, Sabine est perdue.

Seul, il eût cherché le péril, il l'eût défié, provoqué, il eût bien su trouver un moyen pour contraindre ses invisibles adversaires à se découvrir, à se montrer.

Pour Sabine, il se résignait à une prudence bien éloignée de son caractère. Un éclat et il la perdait.

Il savait bien qu'il trouverait des auxiliaires à la préfecture de police, mais c'était risquer de déshonorer la famille de Mussidan.

Certes, il était certain qu'avec du temps et de la patience il arriverait à surprendre le secret des ignobles coquins. Mais s'il se sentait une patience à déplacer grain à grain des montagnes, le temps lui manquait.

Les minutes qui séparaient Sabine de l'horrible et irréparable sacrifice étaient comptées, et il lui semblait que sa vie s'écoulait comme de l'eau, avec les heures...

Levé avec le jour, André s'était assis devant sa table de travail, et le front dans ses mains, il réfléchissait.